Carbone : et si on se trompait de combat !

On nous vend partout que le carbone est l’ennemi de la Planète. Qu’en est-il réellement et, surtout, de quoi parle-t-on  : de pollution ? de réchauffement climatique ? de toxicité pour l’homme ? Le carbone est-il responsable ? … peut-être, mais qu’est-ce que le carbone ? et surtout, pourquoi en sommes-nous là ? Qui en est responsable ?

Essayons de décortiquer tout cela …

Peut-on considérer que le produit de l’un des 4 éléments nécessaires à la vie est, finalement, un  problème ?

Le carbone, partie constitutive du CO2, constitue le deuxième composant de notre organisme :

  • Oxygène : 65%
  • Carbone : 18,5 %
  • Hydrogène : 9,5%
  • Azote : 3,5%

Ces 4 composants représentent, à eux seuls, 96,5%, ne laissant que 3,5% pour les autres, phosphore et soufre, entre autres.

Le carbone est-il à lui seul responsable de 75% des désordres climatiques ?

N’y aurait-il pas une confusion entre carbone et CO2 ?

S’il y a confusion, est-elle fortuite ou intentionnelle ?

Et si elle est intentionnelle, à qui profite t-elle ?

Le gaz carbonique est-il notre ennemi ?

Prenons un exemple pour imager la chose. Quelqu’un veut manger une pomme de terre arrosée de beurre fondu, un vrai régal !

Il fait cuire sa pomme de terre dans un récipient et fait fondre du beurre dans une casserole. Il veut mettre du beurre fondu sur sa pomme de terre. Hélas, maladroit incorrigible, il en renverse une partie sur la moquette.

  • Serait-il légitime d’accuser le beurre du fait que sa moquette est ainsi tachée ?
    Le beurre restant dans le beurrier est-il incriminable en quelque chose ? NON !
  • Le beurre fondu qui, au final, est arrivé jusqu’à la pomme de terre a-t-il une quelconque part de responsabilité ? NON !
  • Et le beurre qui est maintenant sur la moquette a-t-il une part de responsabilité ? NON !

Bien sûr, sa nature grasse a généré une tache indélébile sur la moquette … mais, le cuisinier connaissait sa nature grasse, susceptible de générer cette tache.

Qui doit être incriminé ?

Le maladroit bien sûr. Averti du risque, il aurait dû, soit être infiniment plus prudent ou, si, sachant ne pas maîtriser la casserole pleine de beurre, faire le choix d’un ingrédient moins risqué : crème en berlingot, même, pourquoi pas, beurre solide à faire fondre sur la pomme de terre chaude.

Le responsable est bien celui qui a pris la décision d’utiliser du beurre fondu, bien que n’en maîtrisant pas le transport et donc les effets secondaires, à savoir une tache en cas de chute sur la moquette.

Beurre/ gaz carbonique … même combat ?

Le carbone se trouve sous plusieurs formes dans la nature.

William McDonough

Cela a été bien développé par William Mc DONOUGH, architecte américain, co-auteur d’un livre posant les bases du “cradle to cradle”, l’économie circulaire.

Il décrit 3 états pour le carbone :

  • le carbone durable : les montagnes, la croûte terrestre, …
  • le carbone vivant : celui nécessaire à la vie : dans le sol, en nous, dans les plantes, …
  • le carbone libre (CO2) : celui qui s’est échappé et qui va où il veut :
    • dans l’atmosphère et dans les océans, consommé naturellement pour participer au continuum de la vie, mais qui, en excédent va :

Ces processus sont très bien décrits par Eric P VERRECCHIA, Doctorat (PhD) de l’Université des Sciences Pierre et Marie Curie (Paris VI), professeur  Université de Lausanne CH.

Les deux premiers états du carbone ne posent pas de problème, ils sont au bon endroit, dans la bonne quantité, dans le bon état :

  • le carbone durable : les montagnes restent … des montagnes, c’est sa forme la plus simple, l’élément de base sous forme le plus souvent de calcaire ou de roches carbonées;
  • le carbone vivant : il se trouve lui-aussi au bon endroit, dans la bonne quantité, dans le bon état : des micro-organismes transforment de la matière et relâchent, entre autres, du carbone, d’autres organismes vivants le refixent suivant des chaînes métaboliques variées: nous parmi d’autres.

Son nom scientifique est le carbone organique, il entre dans des constructions comprenant du carbone, un des éléments d’un tout.

Une partie donne de l’humus, mais surtout, les végétaux sont constitués pour une grosse part, de carbone, qu’ils puisent principalement dans l’air. Il leur faut donc du carbone libre sous sa forme le CO2,

  • le carbone libre, pour rappel, le CO2, le dioxyde de carbone : il se trouve, entre autres, dans l’atmosphère, issu d’une combustion ou d’une respiration et il est nécessaire.

Alors, où est le problème ?

Précisément, comme pour le beurre, on a du beurre durable : la motte de beurre; du beurre vivant : celui sur la pomme de terre; du beurre vivant : celui qui passe de la casserole à la pomme de terre. Ce beurre vivant a posé problème lorsqu’il s’est échappé et qu’il est allé où il ne le fallait pas. Pour le carbone libre, c’est pareil : il pose problème lorsqu’il est en excédent.

Et  le carbone excédent, c’est quoi ?

Pendant des millénaires, la vie s’est organisée autour du carbone libre, le CO2. Ce gaz a 2 fonctions, ou tout au moins, la nature s’est organisée autour de ces 2 fonctions :

  • fixation dans des constructions diverses (au sens biologique), ce qui permet la matière organique (nous, les arbres et tout ce qui est organique),
  • présence dans l’atmosphère, il y apporte une action de gaz à effet de serre, au même titre que quelques autres, la vapeur d’eau (le premier d’entre eux), le méthane, … Sans eux, la température terrestre moyenne ne serait pas à 15°, mais à -18°

Donc, une partie de ce CO2 relâché lors de la décomposition des éléments vivants ou lors de la respiration est “consommé” par les nouveaux éléments vivants, principalement, sur terre, les végétaux et tout organisme photosynthétique.
En fonctionnement naturel,  le CO2 relâché est disponible selon les besoins de la nature : au bon endroit, au bon moment, dans la bonne quantité.

C’est ce qu’on appelle le cercle vertueux. Sa durée normale, si rien ne vient la perturber, est de 4,5 à 5 ans, donc un temps court. Dit autrement : il doit être refixé au plus tard 4,5 à 5 ans après sa libération. Celui qui se trouve dans l’atmosphère doit y demeurer en quantité stable, moyennant quoi, le climat est stable.

Qu’est-ce qui a changé ?

Dans le passé, de grandes quantités de carbone organique ont été fixées : les hydrocarbures (pétrole, gaz), le charbon sous toutes ses formes.

Ce carbone n’est plus vraiment un carbone durable, c’est un carbone piégé depuis des temps immémoriaux : au minimum 1 million d’années, temps nécessaire à la transformation d’un carbone vivant en charbon ou en hydrocarbure.

Ce sont ce qu’on appelle les énergies fossiles.

Elles sont piégées dans le sol, sous forme de roche pour le charbon, dans des roches dites roches mères pour les hydrocarbures.

Extraire ces hydrocarbures (pétrole, gaz, charbon …) et les relâcher dans la nature après transformation, c’est en faire du carbone libre, du CO2.

Malheureusement la nature ne fixe que partiellement ce nouveau CO2. Il est donc excédentaire et va là où bon lui semble. Il devient toxique, dans ce sens où il va perturber le fonctionnement naturel :

Le carbone libre excédentaire est-il responsable de sa toxicité ?

Non, pas plus que le beurre n’était responsable de la tache.

Comme pour le beurre, le responsable est celui qui est à la base de sa fuite : celui qui l’a libéré, ceux qui l’ont relâché.

Sont-ils identifiables ?

Oui : les entreprises qui extraient ces énergies fossiles et celles qui les utilisent. Et nous aussi, les consommateurs finaux.

L’ennemi n’est pas le carbone,

L’ennemi, ce sont ceux qui le libèrent de façon inconsidérée !

Qu’est-il fait pour éviter la prolifération du carbone libre excédentaire ?

La bonne décision serait de laisser ces énergies fossiles là où elles sont depuis des millions d’années et, quand bien même on en connaîtrait la présence, cesser de les exploiter.

En effet, si ce carbone fixé n’a pas posé problème là où il se situe depuis des millions d’années, il n’y a aucune raison qu’il en pose si on l’y laisse tranquille.

Seulement la tentation est grande de l’utiliser à notre profit.

Alors il a été décidé de continuer son exploitation et, les responsables, bien-pensants paraît-il, ont proposé de compenser le relâchement via un marché mondial du carbone.

Tous les pays disposent d’un quota d’émission. S’ils ne l’utilisent pas, ou pas en totalité, ils peuvent le vendre à ceux qui en émettent plus que ce que leur quota ne leur attribue.

Explosion d’une plateforme pétrolière

Mais ça change quoi dans les faits ? Rien, il y a toujours trop de carbone libre.

Certains émettent l’idée de planter des arbres pour fixer tout ce carbone. Seulement les arbres fixent déjà, comme depuis toujours, du carbone libre issu de la vie courante.

Il faudrait donc planter beaucoup plus d’arbres qu’il n’y en a aujourd’hui. Combien : surement beaucoup plus que ce que la terre ne peut en porter. Et surtout c’est une solution à court terme: les forêts sont aussi sujettes à la décomposition du bois et le carbone fixé ne le restera que durant un siècle.

Ce n’est donc pas non plus la solution.

On y revient toujours : il ne faut plus faire appel aux énergies fossiles.

Que fait-on vraiment ?

On édicte des règles sophistiquées, on se cache derrière des solutions visant à limiter les émissions de carbone ou à les compenser.

Chaque nouvelle législation est plus compliquée que l’ancienne.

On applique des calculs de compensation, mis au point avec une ingéniosité toujours plus grande.

Et qui met au point ces règles, ces normes, ces labels ?

Des associations créées et financées par ceux qui financent la fabrication des produits qui sont à la base des émissions des excédents de carbone libre, le CO2 ou ceux qui utilisent ces produits, ou encore ceux qui contrôlent la bonne application des règles érigées.

De l’autodiscipline en quelque sorte.

Si l’on juge des résultats à l’observation des changements climatiques induits par l’augmentation des quantités de carbone libre, force est de constater que ça ne marche pas.

Alors, pourquoi continue-t-on à nous faire croire que le carbone est notre ennemi ?

Et pourquoi en même temps définit-on des règles qui nous autorisent à en relâcher ?

Ça rapporte beaucoup d’argent, trop pour que la manne soit abandonnée.

Que faudrait-il faire ?

Pour que le carbone libre, le C02, ne soit pas le problème, il faudrait n’en émettre que ce que la nature peut gérer. Comment ?

  • En interdisant l’usage d’un produit émetteur (directement ou indirectement) de carbone libre si un autre produit, non ou moins émetteur, peut lui être substitué avec le même résultat d’usage ou d’utilisation.
  • En pénalisant financièrement très lourdement ceux qui y dérogent.

Voilà deux pistes possibles. Il en existe certainement d’autres.

Ces solutions seraient contraignantes certes, mais surement moins que ce qui nous attend si nous continuons à nous en remettre passivement et docilement à ceux qui ont généré la situation qui nous attend si nous ne prenons pas les choses en main.

Les temps ne sont plus aux tergiversations mais aux décisions.

Il faut cesser d’incriminer celui qui n’y est pour rien : le carbone,

mais ceux qui y sont pour tout : ceux-là même qui le relâchent.

Il faut très vite leur retirer les commandes, il y a bien longtemps qu’ils nous ont amené la preuve de leurs objectifs : le profit à court terme, le refus du changement.

 

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Claude Lefrançois
Dans le bâtiment, par passion, depuis presque 40 ans,
Ancien charpentier, ancien artisan, ancien constructeur de Maisons à Ossature Bois, ancien maitre d'œuvre,
Ancien et encore formateur à l'isolation bio-sourcée, • Titulaire d'un brevet de construction de MOB en kit,
Conférencier dans plusieurs domaines liés à l'éco-construction, l'éco-isolation,
Youtubeur via des vidéos sur, dans un premier temps, l'isolation et l'efficacité énergétique et, parce qu'il faut aller plus loin, futurement, plus largement, le bâtiment responsable et pertinent,
Initiateur et administrateur d'un groupe sur Facebook : Rénovation pertinente »

3 réflexions sur “Carbone : et si on se trompait de combat !

  1. il est dans la nature de l’homme de chercher à palier aux conséquences de ses actes plutôt que de remédier aux causes. C’est plus facile à faire accepter car ce sont des solutions à court terme, moins couteuses, qui ne nécessitent pas de lutter contre les habitudes et les inerties et ça permet de rendre la clientèle captive, …. après moi le déluge !

    Comme nous, nos clients n’acceptent pas ce qui semble être une fatalité.

    L’avenir nous donnera raison, mais pour l’heure il faut tous se mobiliser envers et contre tout afin de faire prendre conscience au plus grand nombre de nos contacts, qu’ensemble nous avons la force d’agir et proposons des solutions vertueuses. Nos clients vivent quotidiennement l’efficacité des solutions mises en oeuvre et en sont les meilleurs témoins. Assumons nos responsabilités et AGISSONS !!

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