[Cas pratique] Isolation de combles habitables avec de la ouate de cellulose en vrac

Créer un espace habitable dans un grenier, ce qu’on appelle les combles aménagés, pour récupérer ainsi un volume supplémentaire, voilà une problématique de notre temps.

Depuis longtemps nous avons essayé de mettre à profit ces volumes devenus moins nécessaires pour le stockage des fourrages ou céréales pour les animaux, pour garder ce qu’un ancien client appelait les CPTS (Ça Peut Toujours Servir).

Nous voilà donc au : “Ça va servir tout de suite”.

Il ne viendrait plus à l’idée de se contenter du clouage de quelques planches ou, luxe suprême, lambris sous les chevrons, un peu de plâtre sur les murs, un point lumineux une prise et … banco, on met les meubles !

Nous cherchons de plus en plus, et c’est légitime, à nous assurer confort et économie d’exploitation. Ceci implique d’isoler ces volumes en combles.

Nous connaissons tous, plus ou moins bien, les possibilités sous forme de panneaux ou rouleaux, très souvent d’origine minérale, parfois pétrochimique, plus rarement végétale. Nous avons aussi vu fleurir les matériaux réflecteurs. Cette dernière option n’est pas notre tasse de thé car ne répondant pas à nos critères de sélection (vidéo).

Nous prenons aussi (et il est grand temps !) de plus en plus en considération 2 points primordiaux :

 

  • l’impact sanitaire des matériaux et/ou techniques de mise en œuvre,
  • l’impact possible sur la maison et son devenir.

 

Cas de figure

chantier Claude Lefrançois - isolation comble aménageable - Puy de Dôme

chantier Claude Lefrançois – isolation comble aménageable – Puy de Dôme

Dans l’exemple qui suit, dans une maison individuelle du Thiernois (capitale française de la coutellerie, 63), dans le cadre de la création d’espaces habitables dans un grenier déjà accessible par un escalier, nous devions relever plusieurs défis.

Le tout premier étant d’assurer un confort optimal, de générer des coûts d’exploitation contenus, d’assurer une salubrité la plus grande possible, de respecter un bâti ancien, les murs de la maison étant en pisé. La charpente de la maison affiche plus de 150 ans, certaines pièces de charpente sont en réemploi et nous pouvons affirmer qu’elles sont beaucoup plus anciennes.

Les contraintes principales :

  • le pisé est un support plein de qualités mais peu apte à recevoir des scellements, assez friable et non plan,
  • nous étions en contact quasi direct avec la couverture (tuile mécanique en terre cuite) posée sur voliges non jointives (photo 1),
  • liaison mur/toit peu étanche,
  • la charpente, particulièrement les pannes, non rectilignes, en bois grossièrement équarri,

Le choix du matériau isolant

Nous avons choisi d’isoler avec de la ouate de cellulose et de soigner sa continuité entre mur et toit. Il fut décidé de pratiquer par projection humide en murs et insufflation en toiture.

Les atouts de ce chantier :

  • charpente saine,
  • toit peu pentu et relativement haut en pied de rampant, (environ 2,20m)

Déroulement du chantier

Compte tenu de la hauteur suffisante en pied de rampant, il fut décidé de ne pas essayer de récupérer l’épaisseur des chevrons et une membrane fut tendue directement et en continu, sous les chevrons.

Après la fermeture supérieure, nous passons à la création de l’épaisseur nécessaire pour l’isolation du toit via la pose de bandes de panneaux OSB vissées dans les liteaux de maintien de la membrane supérieure

bande de panneaux OSB - chantier Claude Lefrançois - isolation comble aménageable - Puy de Dôme

bande de panneaux OSB – chantier Claude Lefrançois – isolation comble aménageable – Puy de Dôme

Afin de permettre la mise en place du pare-vapeur, des liteaux destinés à le soutenir et la fixation finale du parement, des liteaux sont fixés sur le côté des “réhausses” en OSB.

A noter que l’ensemble ainsi préparé maintient parfaitement la membrane supérieure, laquelle assure ainsi l’étanchéité à la liaison mur/toit.

Ce mode opératoire permet également de remettre plan l’ensemble du toit, lequel s’est inévitablement déformé au fil des ans (flexion des pannes, des chevrons …)

Tous les éléments ont été alignés au cordeau.

Il est temps de passer à la préparation des murs : fixation d’une lisse basse vissée dans le plancher, alignement et fixation d’une lisse haute sous les éléments de ”réhausse” précédemment posés, mise en place de potelets de même section, tramage tous les 60 cm. L’ensemble est réalisé avec du bois de section standard 45 x 95 mm. La structure est décollée du mur de sorte à éviter de créer un pont thermique, même si le bois est peu caloporteur, mais surtout pour ménager une épaisseur minimale de 120 mm d’isolant.

Nous passons maintenant à la phase projection humide de ouate de cellulose. Cette technique, si elle est bien maîtrisée, permet la mise en place, à structure ouverte, d’un isolant en vrac, ce qui apporte la certitude d’un taux de remplissage optimal et d’une parfaite continuité dans l’épaisseur de la paroi entre l’isolant et le mur extérieur. Contrairement à une idée largement répandue et qui préconise un filet d’air entre l’isolant et le mur, pour permettre une perspirance la plus continue possible, il faut que les matériaux soient, eux-mêmes, en continu.

Nous présentons cette technique dans une vidéo qui en explique le principe et présente les équipements nécessaires.

A ce stade il est conseillé d’attendre le séchage de la ouate de cellulose (de 2 jours à 2 semaines). Compte tenu de la nature des murs en pisé, matériau naturellement sec et du choix d’un pare-vapeur kraft il est possible de ”refermer” assez rapidement.

Une fois la pare-vapeur posé, jointoyé et maintenu en place grâce aux liteaux, on peut procéder au remplissage du toit avec de la ouate insufflée sous pression.

Cette méthode, bien maîtrisée et bien exécutée, permet une continuité dans l’isolation et dans l’étanchéité au vent de la membrane pare-vapeur.

Du fait du pare-vapeur, de la ouate de cellulose, isolant à fort pouvoir hygroscopique, du pisé lui-même très perspirant, la perspirance globale des parois sera de très bon niveau.

Le déphasage important de la ouate de cellulose, l’inertie du pisé vont contribuer à une très grande stabilité de la température.

Ces 2 points sont gages d’un confort de très haut niveau.

Il n’y a plus qu’à passer les gaines électriques dans l’épaisseur des liteaux et poser le parement, au choix, lambris, placo, fermacell …

Travaux réalisés et performances constatées

  • isolation du toit : 30 cm de ouate de cellulose,
  • isolation des murs : de 12 à 15 cm de ouate de cellulose,
  • pare-vapeur en continu : papier kraft jointoyé, SD 2m,

Comme ces travaux ont été réalisés dans une maison déjà habitée, chauffée et isolée sur 2 étages (le grenier étant à R+2), nous ne sommes pas en mesure d’annoncer un niveau global de performance.

Les seules données à notre disposition sont des constats par rapport à la situation antérieure, avec initialement pour isolation haute, 18 cm de ouate insufflée dans le plancher du grenier (elle a été conservée et isole phoniquement cet espace des chambres de l’étage inférieur).

Suite aux travaux réalisés avec  l’ajout d’environ 60 m2 habitables supplémentaires, le 1er constat après 3 ans de recul est que la consommation due au chauffage n’a pas augmenté, elle a même plutôt diminué mais de façon trop peu importante pour revendiquer un réel gain.

Ceci dit, faire passer une maison de 125 m2 habitables à environ 185 m2 sans changer le coût du chauffage semble être déjà une belle preuve d’efficacité.

Pour finir le satisfecit, le 2ème constat : la température des chambres du niveau inférieur est plus stable, donc le confort de cet étage a été amélioré sans qu’il y soit fait des travaux … normal, il bénéficiait d’une isolation supérieure de 18 cm, elle est maintenant, certes décalée, mais de 30 cm, donc plus de stabilité.

Au final

Pour qui a le souci de son confort, de la salubrité de sa maison, de sa nécessaire performance énergétique, de la pérennité de ses travaux, du respect de la planète en général, de son environnement en particulier …

Pour qui a envie, quitte à faire réaliser des travaux d’aménagement, de le faire de façon durable et responsable, voilà une belle alternative pour aménager ou améliorer des combles habitables.

Faire bien, pour ne faire qu’une fois …

En complément

Pour ceux que la technique intéresse et qui voudraient avoir quelques compléments d’information, nous mettons à votre disposition des fiches au format pdf.

Vous y trouverez à la fois les plans techniques, les quantitatifs par m2 ainsi que le descriptif des équipements minimaux nécessaires.

Nous y faisons une évaluation du niveau de difficulté

Claude Lefrançois
Dans le bâtiment, par passion, depuis presque 40 ans,
Ancien charpentier, ancien artisan, ancien constructeur de Maisons à Ossature Bois, ancien maitre d'œuvre,
Ancien et encore formateur à l'isolation bio-sourcée, • Titulaire d'un brevet de construction de MOB en kit,
Conférencier dans plusieurs domaines liés à l'éco-construction, l'éco-isolation,
Youtubeur via des vidéos sur, dans un premier temps, l'isolation et l'efficacité énergétique et, parce qu'il faut aller plus loin, futurement, plus largement, le bâtiment responsable et pertinent,
Initiateur et administrateur d'un groupe sur Facebook : Rénovation pertinente »

4 réflexions sur “[Cas pratique] Isolation de combles habitables avec de la ouate de cellulose en vrac

  1. Bonjour,
    Merci pour cet article. A quoi sert la membrane tendue sous les chevrons ?
    Quand au pare-vapeur en kraft, je ne connaissais pas, on dirait que c’est plus écologique que ceux en « plastique » et peut-être plus « respirant » ?
    Cdt

    • Bonjour Berti,
      Merci de l’intérêt que vous portez à notre article.
      L’isolation du toit a été réalisée avec de la ouate de cellulose insufflée sous pression. En l’absence d’une barrière sérieuse et continue entre la couverture et la ouate qui sera insufflée, il faut prévoir un contenant pour contenir l’isolant et qu’il ne puisse, ainsi, pas entrer en contact avec la couverture. Par souci de simplicité et d’efficacité, nous avons fait le choix d’opérer avec une membrane en continu. Pour des raisons de résistance au déchirement et ses qualités de perspirance, notre choix s’est porté sur un film pare-pluie HPV. Nous aurions tout aussi bien pu réaliser cette barrière supérieure avec des planches jointives ou autre matériau rigide très ouvert à la diffusion de la vapeur d’eau. Il est par contre évident que, compte tenu de sa non continuité au droit des pannes, de l’absence d’égout vers l’extérieur en pied de rampant, cette membrane n’a aucune fonction réelle de pare-pluie. Nous l’avons d’ailleurs qualifiée dans notre commentaire de membrane, nous aurions pu préciser « de confinement », ce qu’elle est réellement et rien d’autre.

  2. Félicitation pour l’honnêté de votre travail et descriptif. Cela fait plaisir de voir un isolant encapsulé, qui ne touche pas la couverture, qui est protégé par un pare-vapeur, et qui bénéficie ainsi d’une excellente étanchéité à l’air (performances intrinsèque et bâtiment améliorées).

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