Et si la future réglementation environnementale (pour le bâtiment) faisait fausse route ?

Papy Claude

Le 23 février 2017 avait lieu une grande messe, EnerJmeetting, organisée par l’honorable journal Batiactu, sur la présentation du projet de réglementation environnementale pour le bâtiment.

Extrait de l’édito de présentation :

Cette journée donne aux professionnels l’opportunité de partager leurs visions et leurs expériences autour du thème de « la prochaine réglementation 2020 » ainsi que sur le nouveau label énergie-carbone. Un évènement majeur à ne pas manquer !

Le ton est donné !

Pour l’occasion, toute la nomenklatura de la filière avait été conviée et, pour débuter, les conférences d’éminents membres du Plan Bâtiment Durable, du groupe RBR 2020, de l’ADEME, du CSTB, des labels HQE-GBC et BBCA et, étrangement, du côté des entreprises, Saint-Gobain et le groupe EDF en première partie de journée.

Un parti-pris pour la présentation de cette nouvelle réglementation environnementale ? Surtout que côté exposants, les fines fleurs des énergies fossiles et du nucléaire étaient également bien représentées.

Heureusement, Suzanne Déoux, Présidente de Bâtiment Santé plus, Docteur en médecine, professeur à l’université d’Angers, était là pour rappeler à tout un chacun que la santé devrait être un des piliers centraux de cette prochaine réglementation.

On ne retrouve pourtant pas le résumé de son intervention sur les différents papiers des médias en présence.

Voyons un peu, à l’aulne de cette journée, ce que pourrait être le plan pour la future Réglementation environnementale.

Elle s’appuiera, comme annoncé, sur un nouveau label : Energie Carbone (E+C).

Les 2 mots sont les indicateurs des pistes qui seront à suivre.

Pourquoi et comment s’intéresser aux énergies ?

Energie !

Quand on aborde l’énergie, il faut s’interroger sur quelle énergie on veut se pencher :

  • énergie grise : extraction (éventuelle), transformation, transport, mise en œuvre, entretien, déconstruction, recyclage,
  • énergie liée à l’exploitation de la chose construite,

Pour ce domaine spécifique de l’énergie le futur label E+C- s’appuiera, d’après les autorités MME S. ROYALE, ministre de l’environnement et MME E. COSTE, ministre du logement, sur le label Bepos.

Il n’y a pourtant pas, dans le label BEPOS, de règle pour les choix : si un matériau peu énergivore ou peu émetteur de carbone peut remplir un office, pourquoi, parfois, lui en préférer un autre qui, certes, amène au même résultat mais avec des bilans énergie grise et carbone moins bons. Simple question de pertinence et/ou de bon sens, mais il est vrai que ces notions sont difficiles à mettre en équation.

Ne pas s’en soucier est d’autant plus possible que, comme le dit Nathalie TCHANG, Présidente de Tribu-Energie :

Nathalie TCHANG

“Le système constructif a peu d’impact sur le niveau Carbone (10% d’écart entre le plus défavorable et le plus « vertueux »).” cf Manifeste contribution Règlementation Construction 2020, page 17

Pourtant de tels comportements peuvent être très dommageables car provoquant la consommation de matière première qui aurait pu être très utile ailleurs.

Par exemple : il est possible d’isoler une paroi avec une mousse d’origine pétrochimique dont le bilan carbone est 3,45 kgCO2eq/kg contre 2,26 kgCO2eq/kg pour une laine de verre et 28,33 kWh/kg d’énergie contre 13,83 kWh/kg pour une laine  de verre, ceci avec des masses volumiques identiques (source “L’isolation thermique écologique” de JP OLIVA et S COURGET, Ed. Terre Vivante). Donc des valeurs très proches.

Cependant, la matière première pour fabriquer une laine de verre est de la silice (du sable) alors que la mousse d’origine pétrochimique se fabrique à partir de dérivés d’hydrocarbure. Ces mêmes dérivés d’hydrocarbure avec lesquels il serait possible de fabriquer bien d’autres choses que de l’isolant, ce qui n’est pas la même chose avec la silice.

Ce type de problématique sera-t-il pris en compte dans le futur label E+C- ?

Nous traiterons de ce sujet spécifique énergie dans un prochain article.

Pourquoi et comment s’intéresser au carbone ?

Nous sommes confrontés à un changement climatique. Il semble, n’en déplaise aux “climato sceptiques”, voir “climato négationnistes”, que nous sommes bel et bien face à un dérèglement climatique.

Ce n’est pas le 1er mais il apparaît qu’il soit différent des autres dans la rapidité de son développement et dans l’ampleur que différentes prévisions nous laissent craindre.

C’est en tout cas la position du GIEC qui, pour rappel, prend en compte dans ses études, les expériences issues de mesures et analyses des changements climatiques passés et ceux, dits anthropiques, qui seraient du fait des activités humaines.

Il faut donc faire quelque chose pour, au moins, essayer d’endiguer le phénomène.

Parmi les gaz à effet de serre, le CO2 a été retenu comme étalon pour ces prochaines réglementations.

Le carbone, un alibi en béton ?

En 1ère lecture, vouloir en réduire l’impact semble donc une bonne idée.

Concentration des gaz à effet de serre depuis 2000 ans

C’est un des objectifs de la future réglementation environnementale : se doter d’un outil pour valoriser la réduction des émissions de GES, entre autres, dans le secteur de la construction des  bâtiments neufs.

Il s’appuiera, pour les émissions de CO2, sur le label actuel BBCA.

Selon l’éminent climatologue Jean JOUZEL, dont les bases de la réflexion sur les actions à prendre sont posées dans un article de Science et Avenir suite à la COP 21 : Il est ainsi très important que figure dans le texte le fait que, pour être en dessous des 2°C, l’humanité ne devra émettre que 40 milliards de tonnes d’équivalent CO2 en 2030… alors que nous sommes sur une trajectoire qui nous mène à 55 milliards de tonnes.”

Ainsi la cause est entendue, nous tenons un des coupables : le carbone !

Le principal, paraît-il, puisque, toujours, selon Jean JOUZEL, il serait la cause des trois quarts des effets dus aux différents GES. Cf article Batiactu.

Il n’est pas question, ici, de contester cette analyse, mais un autre point de vue plus contrasté sur la notion de carbone nous semble possible : celui de l’architecte américain William McDonough, co-auteur de Cradle to Cradle design avec Michael Braungart, pour rappel, une des bases de l’économie circulaire. simplement d’aller le plus loin possible dans les actions possibles.

Nous vous proposerons un article dédié à l’analyse du label BBCA dans les jours ou semaines à venir.

Pourquoi avoir titré : “Et si la future Réglementation Thermique faisait fausse route ?”

Nous venons de voir la base de ce qui obsède les chercheurs, développeurs et rédacteurs de cette future réglementation et les pistes proposées :

C’est un parti pris, il en faut un. Nous nous posons une question : est-ce le bon ?

En effet, nous ne partageons pas forcément les analyses et les solutions préconisées et de plus, il ne nous semble pas complet.

Nous reviendrons dans d’autres articles sur l’analyse des pistes suivies, à la fois en terme de cible et en terme de moyens à mettre en œuvre.

Cependant, au vu de ce qui est actuellement présenté dans ce manifeste, il manque au moins 1 piste.

Le plus important : la sécurité et la santé des occupants

Dr Suzanne DEOUX

C’est ce qu’a exprimé le Dr Suzanne DEOUX lors son intervention : “Un bâtiment peut être qualifié de sain lorsqu’il répond aux besoins physiologiques, sensoriels, psychologiques des usagers et qu’il ne les expose pas à des agents pathogènes biologiques, physiques et chimiques. La santé est un concept très large recouvrant les nombreuses dimensions de l’être humain à la fois physiques, psychiques et sociales. “ cf Manifeste contribution Règlementation Construction 2020, page 19

La philosophie générale est dans cette phrase puisée sur une publication gouvernementale : A l’horizon 2018, la loi de transition énergétique pour la croissance verte permettra la mise en place d’un standard environnemental ambitieux pour les bâtiments neufs.

Nous avons lu divers articles abordant le sujet de la future réglementation environnementale, et visionné les vidéos officielles du CSTB qui présentent les pistes :

Jean-Christophe VISIER

Le contenu de ces vidéos est présenté par  Jean-Christophe VISIER, directeur au CSTB du pôle “Energie Santé Environnement”. Lorsqu’il se présente dans les vidéos, il le fait en tant que directeur des équipes CSTB Energie, Environnement. Curieusement, il ne le fait pas au nom de la santé … un oubli ? Nous aimerions le croire !

Malheureusement force est de constater que, sur ces vidéos, le souci n’est pas à la santé des occupants !

Les commentaires ont été désactivés pour ces 5 vidéos contrairement aux autres sur la chaîne Youtube du CSTB : un signe ?

Nulle part, hormis pour le renouvellement d’air, nous n’avons trouvé trace de la prise en compte de la santé.

Est-il déplacé  de penser qu’un immeuble d’habitation sera occupé par des … habitants et qu’ils aimeraient qu’on prenne en compte l’environnement proche qu’on leur propose.

Penser à la planète est forcément important et nous saluons la prise en compte de cette nécessaire problématique, mais oublier ainsi les occupants nous semble une erreur majeure.

Ceci est, à nos yeux, une grave carence et nous consacrerons rapidement un article à ce volet santé.

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

Si, bien évidemment, tout n’est pas à jeter, bien loin de là, nous considérons que cette future réglementation fait la part belle (et unique …) aux nécessaires bilan énergie et carbone mais passe complètement à côté de points majeurs, particulièrement la prise en compte de la santé des futurs occupants.

À l’analyse, déjà commencée, des labels actuels qui serviront de base pour le nouveau label Energie Carbone E+ C-, relais vers la future Réglementation environnementale, une de nos craintes est la mise en place de règles extrêmement complexes, lourdes et coûteuses.

Nous craignons qu’elles n’excluent, de facto, certains acteurs, soit du fait de leur taille, soit du fait de leur tradition dans certaines techniques ou de l’emploi de certains matériaux, soit parce que trop chère et complexe.

Et pourtant, au moins un intervenant à ce colloque pense comme nous et l’a exprimé :

Bernard SESOLIS

Bernard SESOLIS, Dr en géophysique spatiale / environnement :  “J’ose ici avancer quelques généralités en enfonçant tout d’abord une porte ouverte : un bâtiment n’a pas pour vocation première d’être neutre en énergie ou en carbone. Sinon, le bâtiment idéal serait celui qu’on évite de construire. Et si c’est quand même le cas, que ce bâtiment reste inoccupé !” …

…  “Nous avons déjà les produits, les outils, les méthodes pour y parvenir. Reste le temps… En particulier, il devient urgent de laisser du temps aux concepteurs pour maîtriser toutes ces questions dans leurs projets. Il faut parier sur la matière grise, moyen le plus efficace pour atteindre les objectifs dans des conditions technico-éco- nomiques acceptables.” cf Manifeste contribution Règlementation Construction 2020, page 28

Nous espérons être entendus afin d’accompagner, dans la mesure de nos moyens, cette évolution importante, porteuse de tellement de responsabilités pour le futur !

Ne loupons pas ce virage !

Claude Lefrançois
Dans le bâtiment, par passion, depuis presque 40 ans,
Ancien charpentier, ancien artisan, ancien constructeur de Maisons à Ossature Bois, ancien maitre d'œuvre,
Ancien et encore formateur à l'isolation bio-sourcée, • Titulaire d'un brevet de construction de MOB en kit,
Conférencier dans plusieurs domaines liés à l'éco-construction, l'éco-isolation,
Youtubeur via des vidéos sur, dans un premier temps, l'isolation et l'efficacité énergétique et, parce qu'il faut aller plus loin, futurement, plus largement, le bâtiment responsable et pertinent,
Initiateur et administrateur d'un groupe sur Facebook : Rénovation pertinente »

2 réflexions sur “Et si la future réglementation environnementale (pour le bâtiment) faisait fausse route ?

  1. Bravo de nous signaler la volonté prouvé de certains à détruire la planète terre.
    Leurs isolants avec quantité énorme d’énergie non renouvelable qu’il absorbe , plus les émissions de co2 pour aussi leurs transports.
    Un rouleau de laine de verre fait en moyenne presque 2000 km?, pour sa vente ….
    Sans compté le transport des matières pour la fabrication.
    C’est gros comme une maison, eux ou nous ce cosseront le nez!.

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