Build Green

Et si nos déchets alimentaires devenaient des matériaux de construction biodégradables

Valorisés jusqu’ici principalement sous forme de compost ou de méthanisation, nos restes de cuisine s’invitent désormais sur les chantiers. À l’Université de Pennsylvanie, le DumoLab développe des éco-matériaux de construction à partir d’épluchures de fruits, de tiges de gombo et de coquilles d’œufs. Une alternative décarbonée pour bâtir des espaces véritablement circulaires.

Dans le secteur du bâtiment écoresponsable, la quête d’alternatives aux liants synthétiques (résines époxy, formaldéhydes) et au béton traditionnel est constante. Si le bois, la paille ou la terre crue occupent déjà une place de choix, une équipe de chercheurs de la Stuart Weitzman School of Design de l’Université de Pennsylvanie (Penn) aux USA pousse le concept d’économie circulaire encore plus loin en transformant les restes de cantine et les résidus agricoles en éléments d’architecture.

 

Du réfectoire au laboratoire : une chaîne locale de collecte

Le projet repose sur un circuit court d’approvisionnement mis en place directement sur le campus :

 

La chimie du vivant : marier liants naturels et armatures végétales

Sous la direction du Dr Laia Mogas-Soldevila, le DumoLab étudie la manière dont la nature assemble la matière afin de s’affranchir du ciment et de la chimie pétrolière.

La fabrication suit une méthode rigoureuse :

  1. Séchage et broyage : les tiges et épluchures sont déshydratées puis réduites en poudre fine.
  2. Minéralisation & Résistance : la poudre de coquilles d’œufs est intégrée au mélange pour lui apporter de la rigidité minérale.
  3. Liants biosourcés : plutôt que d’employer une résine synthétique toxique et non recyclable, le laboratoire extrait du chitosane à partir des carcasses de crustacés pour créer une colle gélatineuse naturelle.
  4. Armature composite : en associant la flexibilité des fibres végétales (qui jouent le rôle de l’acier) à la résistance en compression du liant minéral/chitosane (qui joue le rôle du béton), le DumoLab obtient des composants capables de fléchir sans rompre. Certains éléments d’un demi-centimètre d’épaisseur affichent des propriétés mécaniques comparables à des dalles traditionnelles.

Quels usages pour le bâtiment et l’aménagement ?

Il ne s’agit pas d’ériger des gratte-ciels en peau de melon, mais de répondre à des besoins d’aménagement secondaire et de second œuvre à faible impact environnemental :

Adapté des flux de travail de conception à la fabrication pour le classement continu à grande échelle des composites biopolymères

 

La question clé de la durabilité et de la fin de vie

Pour vérifier la tenue dans le temps de ces bio-composites, l’équipe a soumis les échantillons à des tests, notamment de vieillissement accéléré sur 50 ans. Résultat : le matériau conserve sa structure mécanique et subit uniquement une modification esthétique (patine naturelle et patine de couleur).

 

Mais le véritable atout de ces recherches réside dans la gestion du « fin de vie » :

« Dans le bâtiment traditionnel, séparer le béton de l’armature en acier au moment de la démolition est un casse-tête coûteux et énergivore. Ici, le béton est remplacé par de la coquille d’œuf et de la crevette, et l’acier par de la fibre végétale. À la fin de son cycle d’usage, le matériau ne finit pas en décharge : il s’incorpore au sol et le nourrit. » explique Dr Laia Mogas-Soldevila, directrice du DumoLab.

 

Adapté de « From the Lab to the Land: Challenges of Upscaling Biobased Materials for Architecture »

 

Quel avenir pour ces éco-matériaux issus du gisement alimentaire ?

Bien que la production reste à ce jour à l’échelle du prototype de laboratoire, ces travaux ouvrent la voie à une valorisation locale des biodéchets dans la filière constructive. Alors que les coûts de mise en décharge augmentent et que la réglementation exige une neutralité carbone accrue, l’utilisation de liants d’origine animale/végétale associés à des sous-produits agricoles représente une piste prometteuse pour décarboner le second œuvre.

Reste toutefois à identifier et sécuriser les gisements pour assurer une production continue en adéquation avec la demande de ces matériaux compostables. Enfin, il faudra financer l’étape de validations techniques et assurantielles, le plus gros défi des matériaux biosourcés.

Plus d’infos : Dumolab

(Source)

Crédits photos : Dumolab

Editeur et Rédacteur en chef de Build Green, le média participatif sur l'habitat écologique et pertinent. Passionné par le sujet de l’éco-construction depuis 2010. Également animateur de nombreux réseaux sociaux depuis 2011 et d'une revue de web sur : Scoop.it