Build Green

Les isolants pétrochimiques ont-ils atteint leur meilleur niveau de vertuosité ? L’exemple d’Hybris 28 d’Actis

Cela fait quelques années que nous dénonçons l’escroquerie écologique des isolants pétro-chimiques comme le polystyrène ou le polyuréthane. Jusqu’ici nous avions passé sous silence les isolants mince réflecteur. Mais la sortie d’un nouveau venu dans la gamme Hybris d’Actis nous incite à décortiquer l’argumentation marketing d’un produit qui pourrait bien se révéler un nouveau cas de greenwashing. Réponse en conclusion…

A noter que cet article fait suite à différents échanges avec des collaborateurs de la société Hybris (parmi lesquels le directeur marketing) sur un article LinkedIn dont les arguments ne nous ont, semblent-ils, pas convaincus !

1. Hybris 28 d’Actis : un isolant pétro-chimique

Composants et structure

L’Hybris 28 d’Actis est un isolant réflecteur alvéolaire semi-rigide constitué d’un réseau de mousses en polyéthylène façonnées en nid d’abeille. Sa structure alvéolaire est séparée par des films aluminisés et métallisés de haute émissivité présentant des faces cuivrées et argentées. Cette nouvelle génération bénéficie d’une métallisation intégrale de l’ensemble de ses alvéoles pour décupler sa performance.

Le HYBRIS 28 est principalement constitué de polyéthylène, sous forme de mousses et de films, avec une part annoncée de 30 % de matières recyclées. À température normale (donc hors canicule), le polyéthylène est un matériau relativement stable et les produits HYBRIS sont annoncés avec de faibles émissions de COV dans l’air intérieur.

Si HYBRIS 28 contient une proportion importante de matière recyclée, il faut connaître l’origine et le contrôle de cette matière.

Dans une boucle industrielle maîtrisée : chutes propres HYBRIS → broyage → régranulation → nouveau HYBRIS, le risque est relativement bien maîtrisable.

C’est très différent d’un recyclage de plastiques mélangés provenant de multiples produits, dont la composition peut être beaucoup plus variable. Si ACTIS affirme justement recycler ses propres chutes et rebuts dans une logique de « zéro déchet » est-ce vraiment le cas pour tous les produits recyclés incorporés dans sa production ?

Comme toute transformation industrielle de polymères, sa fabrication nécessite la maîtrise des émissions liées au chauffage et aux différents traitements du matériau. Ainsi, l‘INRS a étudié spécifiquement les risques liés à la transformation du polyéthylène. Lors de l’extrusion des films, par exemple, des émissions peuvent apparaître lors du chauffage du polymère ; le traitement corona des films peut notamment générer de l’ozone, qui doit être capté dans les installations industrielles.

ACTIS affirme également que le produit est non irritant et ne contient pas de composants chimiques classés CMR, et revendique une classification A+ pour la qualité de l’air intérieur.

Mais cela ne nous donne pas la formulation complète :

C’est important parce que l’INRS rappelle que les risques associés aux plastiques peuvent également provenir des adjuvants, même lorsqu’ils sont présents en faible quantité.

La principale question concerne aussi les additifs et la réaction au feu : Actis ne publie pas encore, à notre connaissance, la composition détaillée du HYBRIS 28 permettant d’identifier précisément les stabilisants, pigments ou éventuels retardateurs de flamme. En outre, l’attestation Zone Verte concerne l’hybris 31 et non le dernier venu. Il est donc impossible de conclure aujourd’hui à l’absence de substances potentiellement préoccupantes.

En cas d’incendie, le problème est différent : le polyéthylène est combustible et sa décomposition thermique peut générer notamment du monoxyde de carbone, du dioxyde de carbone et divers hydrocarbures, auxquels peuvent s’ajouter d’autres produits de décomposition selon les additifs présents. La faible émission de COV en conditions normales ne préjuge donc pas de la toxicité des fumées en situation d’incendie.

Vous trouverez ci-dessous une analyse plus approfondie de ce sujet de la combustion.

A la lecture de ces éléments, on comprend rapidement que la nature pétro-chimique des matériaux qui compose cet isolant est loin d’être vertueuse. Si sa composition principale a été évaluée sur les émanations de COV, quid des incendies ? Un point qui semble se confirmer lors de sa combustion compte tenu de sa classification.

Décortiquons maintenant son processus de fabrication…


Technique de fabrication

Conçu par Actis (entreprise familiale française basée à Limoux en Occitanie), l’Hybris 28 s’appuie sur la technologie brevetée X-AIR®. Son procédé industriel est particulièrement « économe en ressources » : il s’effectue sans four à très haute température et sans consommation d’eau, réduisant l’énergie intrinsèque de fabrication par rapport … à des laines minérales.

Actis indique avoir atteint 70 % de matières recyclées (contre « 30% minimum » sur ses documents commerciaux) dans la composition du HYBRIS 28. C’est une évolution importante du bilan environnemental du produit, puisqu’elle réduit fortement le recours aux matières premières vierges par rapport à une formulation entièrement basée sur des polymères neufs. Les anciennes données environnementales d’HYBRIS montrent ainsi que l’essentiel de l’empreinte carbone de la phase de production provenait des matières premières, et non de l’énergie consommée directement par l’usine.

D’ailleurs, Actis met en avant une fabrication sans four à très haute température, avec une consommation réduite d’énergie et d’eau. L’entreprise indique également avoir consommé 11 309 MWh d’énergie en 2024, dont 1 000 MWh (<10%) d’énergie verte certifiée produite localement en Occitanie (source). Soit !

Processus de fabrication hypothétique et partiel de l’Hybris 28 d’Actis. Selon informations publiques fournies par Actis.

Là où ça commence à se corser, c’est que l’assemblage des mousses alvéolaires en polyéthylène et des films réflecteurs aluminisés nécessite un procédé spécifique de re-granulation et de filtration pour réinjecter la matière dans la chaîne de production. Nous avons ici peu d’information (secret industriel ?) sur cette étape, mais nous imaginons bien sa complexité.

Cette phase de production reste relativement complexe, avec diverses étapes (notamment au niveau de l’assemblage) qui nécessitent des machines (de la maintenance) et un cycle relativement lourde. Ce n’est pas l’apanage de cet isolant, d’autres (minéraux, certains même biosourcés) ont aussi un processus de fabrication relativement lourd, qui peut peuvent toutefois se compenser (bien que ce soit discutable) par leur bilan carbone, notamment via ses capacités de stockage carbone (paille, bois, chanvre, liège, lin notamment).

Sur cet aspect de la fabrication, il est indubitable que Hybris 28 se classe parmi les techno-solutions dont les process sont maîtrisés bien que exclusifs à l’entreprise. Toutefois, même en cherchant à minimiser la quantité de matière, la complexité de fabrication est toujours là et ne change en rien à la nécessité de recourir à beaucoup de technologies : conception, fabrication de machine, maintenance & entretien, énergie. Des machines, qui si l’entreprise étaient amenées à disparaître, auraient bien du mal à trouver une seconde vie tant son usage est singulier.

A noter que les besoins en énergie d’une telle fabrication pourraient être attribués à bien d’autres usages, nécessitant dès lors de nouveaux moyens de production. Energie qui impacte aussi notre environnement : ressources, lignes électriques, déchets (dont nucléaire), … Un point qui est pris en compte dans l’analyse de cycle de vie du produit, mais qui n’estime pas le surcoût de production d’énergie que cette industrie nécessite au territoire (au détriment d’autres activités).


Ses Caractéristiques techniques

Vous retrouverez toutes les caractéristiques techniques sur le site d’Actis.

En voici une synthèse en infographie :

Il faut être honnête, l’isolant offre de belles performances, en apparence, dès lors qu’il est bien posé, car comme beaucoup de ses concurrents, il ne doit souffrir d’aucune fuite thermique et surtout d’air. Or, d’après nos sources, c’est très compliqué à mettre en œuvre sur le terrain : il doit s’embrocher dans une ossature, comme tout autre panneau (laine minérale, fibre de bois, chanvre, …). L’important est d’éviter la rupture de la circulation d’air, ce qui finalement n’est pas simple à réaliser sur des toitures complexes. Le passage des gaines électriques et de ventilation est un point à traiter de manière singulière. Des compétences donc plutôt réservées à des professionnels spécifiquement formés.

On imagine toutefois des excès de zèle (il y a toujours de s canards boiteux dans la profession), avec une fixation bien plus rapide par agrafage (notamment en sous-toiture), histoire de gagner du temps, mais de faire perdre toute l’efficacité du produit (rupture de la main d’air).

Arrêtons-nous maintenant sur le sujet de la « réflexion thermique » de l’isolant.

Le principe de l’isolation réfléchissante est scientifiquement établi et peut améliorer le comportement estival d’une toiture lorsque les conditions nécessaires à l’échange radiatif sont réunies (tout dépend donc du type couverture). Actis documente par ailleurs des essais de vieillissement de ses films (Hybris 33) et revendique une stabilité des performances dans le temps.

En revanche, la performance estivale des isolants réflecteurs ACTIS repose notamment sur la faible émissivité de leurs films métallisés associés à des lames d’air. ACTIS s’appuie sur le rapport CSTB 21-053 pour annoncer un gain pouvant atteindre 50 % de résistance thermique en conditions estivales.

La durabilité de cette performance a fait l’objet d’essais de vieillissement. Le DTA HYBRIS (Hybris 33) prévoit notamment des caractérisations après 28 jours à 70 °C et 90 % d’humidité relative, tandis qu’ACTIS indique avoir mené avec le LRCCP une étude de vieillissement par cycles de température et d’humidité. Selon le fabricant, ces travaux ont permis de valider une tenue mécanique supérieure à 50 ans et une résistance à l’oxydation supérieure à 25 ans.

Ces résultats sont intéressants, mais ils ne constituent pas pour autant la démonstration d’un maintien de l’efficacité réfléchissante pendant plusieurs décennies en conditions réelles. Les données publiques disponibles ne permettent notamment pas de vérifier l’évolution de l’émissivité après 20 ou 30 ans d’exposition dans des bâtiments ayant subi plusieurs canicules. Il serait donc intéressant de disposer de mesures indépendantes réalisées sur des installations HYBRIS anciennes, notamment après des épisodes caniculaires prolongés.

Autrement dit, la durabilité du matériau est documentée par des essais accélérés, mais la durabilité de son bénéfice spécifique en confort d’été reste beaucoup moins documentée par des retours d’expérience de très long terme.

Par ailleurs, en ce qui concerne le confort d’été, l’efficacité de l’Hybris 28 pour traiter la chaleur estivale repose sur la combinaison de deux mécanismes physiques distincts, mais se heurte à une limite majeure concernant le stockage des calories (l’inertie).

C’est pourquoi le fabricant précise lui-même que l’isolant ne représente en moyenne que 2 % de la masse totale d’un bâtiment. Pour le confort d’été, l’Hybris s’appuie principalement sur sa technologie alvéolaire et ses films qui renvoient 94 % du rayonnement infrarouge, plutôt que sur le stockage de chaleur par effet de masse.

Son efficacité repose donc sur une pose parfaite mais peut se révéler contre-productive sur les parois peu exposées au soleil (à cause de son manque d’inertie), par l’apport de calories lors de fortes températures prolongées. Constat qu’on retrouve sur divers forum ici ou là avec la version précédente Hybris 31.


Son Recyclage

L’Hybris 28 intègre 30 % minimum de matières recyclées lors de sa fabrication et bénéficie d’une recyclabilité à 100 % au sein de la propre unité industrielle de recyclage d’Actis située en Occitanie.

HYBRIS possède donc une bonne recyclabilité intrinsèque, mais sa circularité réelle dépend fortement de la capacité à récupérer un produit propre et homogène et à disposer, au moment de sa dépose, d’une filière capable de le traiter.

Une certification Cradle to Cradle existe pour sa version précédente. Cela ne signifie pas que 100 % des produits posés sur le terrain seront effectivement recyclés à leur fin de vie. La certification évalue une démarche et plusieurs critères de circularité, de santé des matériaux, d’énergie, d’eau et de responsabilité sociale ; elle ne transforme pas automatiquement la filière française de déchets du bâtiment.

Par ailleurs, plus la technologie est sophistiquée pour obtenir une performance élevée avec peu de matière, plus il devient important de savoir si cette architecture complexe reste facilement valorisable en fin de vie.

Si le circuit fermé mis en place par le fabricant en Occitanie assure cette revalorisation, les retours de terrain montrent que le recyclage hors filière dédiée sur les chantiers traditionnels reste perçu comme complexe par les praticiens.

ACTIS explique que HYBRIS peut être broyé et régranulé en billes de PE, puis réintroduit dans la fabrication. Le fabricant indique également récupérer les chutes de chantier.

Mais le broyage et la transformation d’un plastique recyclé ne sont pas chimiquement équivalents à la simple manipulation d’un produit neuf.

Lors d’un procédé de recyclage, on peut avoir : broyage → échauffement → fusion/extrusion → nouvelles émissions

Avec potentiellement :

L’INRS montre d’ailleurs, pour d’autres plastiques recyclés, que les procédés de traitement peuvent générer des expositions à des substances provenant des polymères et de leurs additifs.

C’est donc probablement plus juste de parler de « recyclabilité techniquement démontrée » que de « circularité garantie ». Le problème n’est pas tant la matière que l’existence et la pérennité de la boucle de retour. Qu’adviendra t-il d’Actis dans 20, 30 ou 50 ans dans un monde aussi fluctuant et dépendant des ressources ?


Ses risques environnementaux

Une fois en place le matériau n’est pas inerte. Il peut être exposé à divers aléas climatiques qui peuvent ensuite avoir des conséquences sur l’homme qui le manipule ou l’environnement où il va se retrouver.

> Comportement au feu (Incendies) :

Nous l’avons vu plus haut, l’isolant Hybris est classé Euroclasse E (ou F selon les documents) pour la réaction au feu (comportement combustible similaire aux polystyrènes et polyuréthanes). Dans les bâtiments d’habitation, sa pose impose la présence obligatoire d’un écran thermique protecteur (tel qu’une plaque de plâtre BA13 incombustible A2-s1,d0).

HYBRIS 28 est-il suffisamment caractérisé face au risque incendie, non seulement en termes de réaction au feu, mais aussi de toxicité des fumées et de comportement du produit dans les conditions réelles d’un bâtiment ? Nous n’avons pas d’élément à notre disposition pour y répondre.

Du coup, beaucoup de questions se posent :

Que se passe-t-il lorsque le produit est exposé à un incendie ?

À quelle température commence-t-il à se dégrader, fondre puis brûler, et quelle vitesse de propagation peut-on observer dans la configuration réelle de pose ?

Quels fumées et gaz sont produits ?

La combustion du polyéthylène produit notamment du CO, du CO₂ et des hydrocarbures. Mais qu’en est-il spécifiquement du HYBRIS 28, compte tenu de ses films, traitements de surface, additifs et éventuelle matière recyclée ?

La structure alvéolaire peut-elle modifier le comportement au feu ?

HYBRIS 28 est constitué de nombreuses alvéoles et de films métallisés. Il serait intéressant de savoir si cette architecture limite la propagation, ou au contraire peut créer des phénomènes particuliers lorsque les films se rétractent ou fondent.

Que se passe-t-il derrière le parement protecteur ?

Le produit est généralement placé derrière une plaque de plâtre ou un autre parement. La question importante devient alors : combien de temps cette protection retarde-t-elle réellement l’atteinte du HYBRIS lors d’un incendie, et que se passe-t-il lorsque le parement est percé, dégradé ou mal posé ?

Quelle est la situation en fin de vie ?

Un HYBRIS retiré d’un bâtiment est-il systématiquement orienté vers une filière de recyclage matière, ou peut-il être envoyé vers une installation de traitement thermique ? Dans ce dernier cas, quelle est la nature des émissions produites par sa combustion et comment sont-elles traitées ?

Lors d’un incendie, on peut avoir : particules atmosphériques → dépôt sur les sols/eaux → contamination locale, avec des particules auxquelles peuvent être associés des composés organiques ou, selon la formulation du matériau, certains éléments minéraux. Quelle quantité de particules sont produites ? Quelle est leur granulométrie ? Quelle est leur composition ?

Quelle est leur toxicité ? Et que deviennent-elles dans l’environnement ?

ACTIS affirme que la composition du produit ne présente pas de risque spécifique lié aux émanations de fumées. Mais cette affirmation ne fournit pas, à elle seule, un bilan quantitatif des particules émises lors d’un incendie réel. Actis dispose t-il de mesures spécifiques au HYBRIS 28 concernant les émissions particulaires lors de sa décomposition ou combustion, notamment les PM10, PM2,5 et particules ultrafines, ainsi que leur composition chimique et leur toxicité ? Ces mesures ont-elles été réalisées sur le produit réel, intégrant sa matière recyclée, ses films métallisés et ses éventuels additifs, ou uniquement sur du polyéthylène vierge ?

Au jour d’aujourd’hui les éléments que nous avons ne permettent pas d’affirmer que ce produit n’est pas toxique pour l’homme et l’environnement lors de sa combustion. Et il est fort probable que nous ayons une réponse bien détaillée et OBJECTIVE (par laboratoire privé) sur ces éléments avant de nombreuses années, tant les recherches sont coûteuses et compliquées à réaliser.

C’est pour ça que le mieux pour limiter les risques est de ne pas mettre de matériaux pétro-chimiques dans ses parois !

> Risques pour la nature suite à un abandon ou un aléa climatique (inondations, tempêtes)

Malheureusement, les phénomènes climatiques augmentant, les contraintes du bâtiment générant de plus en plus d’abandon dans la nature, sans parler d’une disparition de la filière de recyclage, on peut s’interroger des conséquences d’un tel matériau dans la Nature.

Dans la nature, le principal problème ne serait probablement pas une toxicité aiguë du polyéthylène intact, mais sa persistance, sa fragmentation et la dispersion de particules plastiques.

Le premier risque : un matériau très persistant

Le polyéthylène ne se biodégrade pas rapidement dans l’environnement. Sous l’action des UV, de l’oxygène, de l’abrasion et des cycles climatiques, il peut progressivement se fragiliser et se fragmenter en microplastiques et potentiellement en particules encore plus petites. L’ANSES rappelle que les plastiques peuvent se fragmenter sous l’effet des UV et de l’abrasion et que ces particules peuvent entrer dans les écosystèmes aquatiques et être ingérées par les organismes.

Pour HYBRIS 28, cela conduit à un scénario assez différent : HYBRIS abandonné → UV + pluie + vent + abrasion → fragmentation → dispersion de particules de PE.

Et contrairement à un matériau biosourcé, on ne peut pas compter sur une biodégradation rapide pour faire disparaître progressivement le matériau.

Une tempête pourrait constituer un scénario particulièrement intéressant

Imaginons un bâtiment endommagé par une tempête :arrachement de toiture/façade → HYBRIS exposé → morceaux emportés par le vent → dispersion dans les sols, fossés et cours d’eau.

Le problème n’est alors pas nécessairement que le HYBRIS soit « toxique » en lui-même.

C’est plutôt qu’un matériau de construction plastique, normalement confiné dans le bâtiment pendant plusieurs décennies, se retrouve soudainement dispersé dans l’environnement.

L’ADEME identifie d’ailleurs les déchets plastiques comme une source de microplastiques secondaires et souligne que les conséquences sur la santé humaine et la biodiversité restent encore insuffisamment connues.

L’inondation est probablement encore plus problématique

Une inondation peut entraîner : détachement de matériaux ; transport par les eaux ; abrasion contre les sols et les bâtiments ; fragmentation ; accumulation dans les sédiments ; transfert vers les cours d’eau puis éventuellement vers les milieux marins.

C’est précisément un domaine dans lequel l’ADEME souligne que les microplastiques présents dans les milieux terrestres sont encore beaucoup moins étudiés que ceux des milieux aquatiques. Elle indique également que les contaminants présents dans les sols peuvent constituer une source de contamination des milieux aquatiques.

Pour un isolant léger comme HYBRIS, la faible densité du matériau est donc un avantage pendant son utilisation, mais peut devenir un facteur de dispersion après un sinistre.

Et que deviennent les additifs ?

C’est probablement la question toxicologique la plus intéressante.

Nous savons que le produit est essentiellement à base de PE, mais nous n’avons pas publiquement la formulation complète du HYBRIS 28.

Or l’INRS rappelle que les polymères peuvent contenir des adjuvants et que leur présence, même à faible concentration, ne signifie pas nécessairement une absence de risque.

Il faudrait donc savoir :

 

> Le cas de l’abandon volontaire

Là, on ne parle plus vraiment d’un accident climatique mais d’une mauvaise gestion du déchet.

La filière REP PMCB a précisément été mise en place notamment pour améliorer la collecte, la traçabilité et lutter contre les dépôts sauvages. Les isolants font partie des produits concernés.

Et le problème est réel : l’ADEME estime à environ 22 millions de tonnes les déchets de produits et matériaux du bâtiment en 2023.

Un morceau de HYBRIS abandonné dans un terrain n’est donc pas un déchet qui va simplement « retourner à la nature ».

Il risque plutôt de devenir : déchet plastique persistant → fragmentation → microplastiques → dispersion dans les sols/eaux.

Au final, que devient un HYBRIS 28 lorsqu’il sort de la boucle industrielle prévue par ACTIS ? Si l’entreprise revendique une forte proportion de matière recyclée dans HYBRIS 28, il serait intéressant de savoir si des essais de vieillissement environnemental ont été réalisés sur le produit complet — UV, eau, abrasion, cycles gel/dégel — et surtout si la formation de microplastiques a été quantifiée.

Au final, ces éléments auraient pu passer inaperçus si nous n’avions pas relevé un argument qui nous dérange profondément :

UN ISOLANT RESPECTUEUX DE L’ENVIRONNEMENT ET 100% RECYCLABLE »

Et d’ajouter :

Or sur cet aspect environnemental, compte tenu de la composition spécifique du matériaux, et des retours d’expériences connus sur ceux-ci, vous comprendrez que de nombreux doutes sont permis. On pourrait même se permettre de qualifier ce produit de toxique pour l’environnement, sans prendre beaucoup de risques ! 


2. Comparatif avec les produits biosourcés

L’essentiel de la communication de l’entreprise se base sur les qualités techniques du produit. Il l’est peut être dans certains cas, mais regardons comment il se compare avec ses concurrents plus naturels biosourcés :

HYBRIS 28 est probablement le plus intéressant lorsque l’épaisseur disponible est très contrainte et qu’on cherche une forte performance thermique avec une faible épaisseur, sur des parois exposées au soleil (ce qui fait quelques conditions préalables). En revanche, si l’on dispose de suffisamment d’épaisseur, la paille, le liège ou la ouate (et d’autres matériaux biosourcés) apportent davantage de fonctions physiques simultanément : inertie, hygroscopicité, acoustique et, selon le matériau, une fin de vie plus facilement intégrable dans une logique écologique.


En conclusion

L’Hybris 28 d’Actis démontre que les isolants pétrochimiques ont franchi un cap majeur en matière d’efficacité thermique et d’éco-conception : piégeage optimal de l’air sec, gain d’épaisseur de 15 % à 20 % par rapport aux laines minérales, suppression des fours énergivores à la fabrication, intégration de 30 % de matière recyclée et boucle de recyclage fermée à 100 % .

Néanmoins, sur le strict plan de la vertuosité environnementale globale*, l’isolant pétrochimique se heurte à des limites structurelles infranchissables, face aux biosourcés :

  1. Sa matière première est issue de la pétrochimie, complexe à fabriquer, et reste dépendante des ressources fossiles.
  2. Il ne stocke pas de carbone biogénique (contrairement aux biosourcés qui séquestrent durablement le CO2 atmosphérique).
  3. Sa réaction au feu reste défavorable (Euroclasse E) avec des risques pour l’habitant et l’environnement.
  4. Son inertie thermique faible offre un déphasage limité face aux isolants denses biosourcés (comme la fibre de bois ou la paille) sur les parois non exposées au soleil
  5. Sa pose demande une haute compétence réservée à des professionnels spécifiquement formés.
  6. Sa fin de vie est trop dépendante de son fabricant, le produit devient une calamité environnementale s’il se retrouve fortuitement dans la Nature.

Au regard des éléments en notre possession et de l’argumentation ci-dessus, nous considérons l’allégation environnemental (ISOLANT RESPECTUEUX DE L’ENVIRONNEMENT) d’Actis comme du greenwashing. Ainsi, trop de doutes sont émis ici pour désigner Hybris 28 ce que nous qualifions de vertueux* et encore moins d’écologique.

Pour terminer, l’Hybris 28 représente ainsi l’une des formes les plus abouties de l’isolation pétro-chimique (synthétique). Elle pourrait être pertinente, comme alternative à la climatisation en combles aménagés, dans des rénovations à espace contraint, face au soleil (sous toit zinc ou ardoise par exemple). En dehors de ces cas spécifiques, cet isolant étant issu d’une technologie sophistiquée, de sa fabrication à son recyclage, il en fait une tare environnementale qu’on ne peut que déconseiller dans la majorité des cas, ne serait-ce que pour préserver les générations futures. Dès lors qu’il existe sur le marché des isolants aux composants plus naturels, renouvelables et FACILEMENT recyclables (voire bio compostable sur place), pourquoi prendre le risque de choisir un isolant pétrochimique ? Ne laissons pas cette industrie, comme cela a été le cas pour des pesticides, Pfas, OGM, et autres perturbateurs endocriniens, nous inonder le marché de solutions technologiques dont l’impact environnemental est encore assez peu maîtrisé et maîtrisable.


*Précisions : la notion de vertuosité d’un matériau

Cette notion n’est aujourd’hui pas normalisée, mais vient se confronter aux référentiels existants des matériaux pour lesquels nous pensons qu’il manque des critères de “vertuosité” :

Cette vertuosité doit être un but, sans pour autant être cadré par un objectif quantifié.

En complément : Questions/réponses subsidiaires

A noter que les commentaires sont ouverts spécifiquement pour que les collaborateurs d’Actis puissent répondre aux questions posées ici. Toutefois, le reste de notre média étant fermé aux commentaires pour des raisons techniques (trop de spams), nous pourrions être amenés à fermer ces commentaires, indépendamment du contenu, si besoin.

Editeur et Rédacteur en chef de Build Green, le média participatif sur l'habitat écologique et pertinent. Passionné par le sujet de l’éco-construction depuis 2010. Également animateur de nombreux réseaux sociaux depuis 2011 et d'une revue de web sur : Scoop.it