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L’isolation … et si nous faisions fausse route ?

Qui n’a pas lu ou entendu ici ou là que la France est couverte de passoires énergétiques ? Qui n’a pas lu et entendu de même qu’il faut impérativement éradiquer ces passoires énergétiques et que c’est comme ça, point ! Et quand la bien-pensance a posé un principe, l’a gravé dans le marbre, que c’est devenu une pensée unique, que faire ?

S’y plier contre vents et marées, contre le bon sens même, un peu comme quand, dans la conversation, quelqu’un conclut par un “Point barre !”

Chez Build-Green, on n’aime pas les “point barre”, alors nous allons essayer de décortiquer la genèse de ce mouvement général et, au-delà de sa genèse, en comprendre les tenants et les aboutissants et analyser si le diagnostic est bon, mais surtout, si la médication prescrite est la bonne !

Nous avons déjà longuement abordé ici les évolutions des habitats, de leur occupation et de leur exploitation.

Nous avons aussi abordé ce qui relève des notions de confort, que les diverses incitations à réalisation ont largement oubliées

Les qualités requises des matériaux ne sont pas en reste ; elles ont elles aussi été largement traitées… Alors, que reste-t-il à dire ? QUE NOUS FAISONS FAUSSE ROUTE ! 

Et c’est ce que, immodestement et peut-être même prétentieusement, nous avons décortiqué dans cet article. Trois autres suivront.

Le premier de ceux-ci traitera de la façon dont nous aimerions que l’analyse en amont des décisions soit faite.

Le second, s’il s’avère qu’effectivement il faut isoler, la façon de sélectionner les isoflants en fonction des fuites à contrer, des modes opératoires de ces fuites, et des qualités requises pour les matériaux. Les critères environnementaux devraient aussi être pris en compte (il est dommage que nous devions utiliser le conditionnel présent et non le présent car il y a urgence à opter pour les bons choix !)…

Le dernier décortiquera les labels et les normes incitatives à aller dans la direction issue du POINT BARRE… 

Préalable

Il nous semble important de comprendre ce qui a, d’un coup, fait prendre conscience de la situation de multiples défauts de confort dans de nombreux habitats.

En effet, s’il n’est pas contestable que la vie dans le froid est non seulement inconfortable mais aussi difficile, voire dangereuse, l’urgence à les traiter qui est apparue en quelques années ne manque pas de surprendre.

Pourquoi tous ces habitats qui étaient autrefois supportables en l’état pour leurs occupants ne le sont plus désormais ?

Evolution sociétale

C’est un fait, la société a évolué, et nous nous en réjouissons … sous certains aspects.

Nous ne vivons plus comme au XXème siècle, encore moins comme au XIXème ou plus reculé encore !

Nous nous réjouissons de ces évolutions et ne souhaitons pas retourner à ces temps anciens … sous certains aspects, de sinistre mémoire.

Les hommes “modernes”, ceux de ce début du XXIème siècle, souhaitent bénéficier de conditions de vie les meilleures possibles, et nous les comprenons ! Nous les comprenons d’autant plus que c’est ce que notre société consumériste leur dit et redit à longueur de flashs info, de reportages, de normes et labels.

Pour couronner le tout, comme si l’incitation et la législation ne suffisaient pas, des subventions ou aides diverses finissent de les convaincre qu’ils ont droit à “ce confort moderne” qu’est un habitat à 20° ou plus, pour un coût de chauffage correct (sous-entendu “accessible financièrement” par le bénéficiaire).

Il semble d’ailleurs que ce n’est pas prêt de s’arrêter tant le législateur va dans ce sens

Heureusement quelques voix se font entendre pour contester ces orientations, et pas des moindres !

Moyens financiers

Au fil de la croissance du Produit Intérieur Brut (PIB) de nos sociétés, le pouvoir d’achat des individus que nous sommes a crû lui aussi. Le PIB et sa compagne de route, la croissance, semblent être devenus deux des objectifs incontournables, voire majeurs, des dirigeants politiques, aiguillonnés dans ce sens par les financiers de tous bords et la majorité des économistes.

Pourtant la croissance forcenée du PIB n’est pas sans conséquence sur les réserves de métaux et d’énergie fossile, ce qui entraîne de facto des impacts négatifs sur le dérèglement climatique et les ressources encore disponibles pour le futur. 

En effet, si la croissance est basée sur la consommation, ce que nous consommons doit être produit, transporté, installé, entretenu, recyclé (quand c’est possible…), ce qui se fait en consommant des ressources et en relâchant des Gaz à Effet de Serre (GES), mais ceci est un autre sujet, encore que …

Disposant de moyens financiers de plus en plus importants, nous souhaitons jouir d’une vie de plus en plus facile et agréable. Ceci, au plan de l’habitat, a engendré des aspirations à un confort plus élevé, ce qui s’est traduit par une température intérieure plus importante

L’évolution est compréhensible, mais pourquoi faudrait-il chauffer au-delà de 19° pour ressentir une sensation de confort ?

Tout simplement car nous vivons plus confinés dans nos intérieurs et nous émettons de plus en plus de vapeur d’eau du fait de nos activités telles que toilettes, lessives, cuisine, vaisselle, le tout dans des habitats plus étanches au vent car nous ne supportons plus les courants d’air comme autrefois… là encore, à juste titre.

Ces émissions de vapeur d’eau, non ou mal maîtrisées et gérées, engendrent une teneur en eau dans l’air très importante

Cette teneur excessive en eau génère une Humidité Relative (HR) trop importante, ce qui provoque un ressenti d’inconfort.

Au lieu de gérer ce phénomène en réduisant la présence d’eau via une éventuelle réduction des émissions ou via un renouvellement d’air bien régulé, tout semble organisé pour compenser en augmentant la température ambiante, ce qui résout effectivement le problème de l’humidité relative trop importante, mais au prix d’un chauffage excessif et consommateur d’énergie de plus en plus inaccessible pour les utilisateurs.

Moyens techniques

Autrefois les moyens d’isolation n’existaient pas, si ce n’est sous la forme de fourrage dans les greniers des fermes.

Les appareils de chauffage étaient très réduits, même si les fourneaux et poêles à bois et/ou charbon furent une belle avancée par rapport aux antiques foyers de cheminée ouverts sur l’espace à chauffer. Les fourneaux bouilleurs et les premières chaudières au bois bûche participèrent aussi à ce qu’on peut qualifier de progrès.

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Pendant les trente glorieuses, de 1945 au premier choc pétrolier, en 1973, la société s’est organisée autour de la mise en place des prémices du consumérisme actuel, accompagné en cela, pour ce qui nous intéresse ici, par la consommation irraisonnée d’énergie fossile, particulièrement du pétrole.

La progression du PIB a permis une progression financière telle qu’évoquée ci-avant. Les moyens financiers nouveaux ont ouvert la voie de la recherche et du développement de systèmes de plus en plus sophistiqués pour chauffer les habitats.

Les industriels ont découvert que, dès lors qu’ils mettaient des innovations sur le marché, il suffisait de bien communiquer dessus (exemple parmi tant d’autres) pour, à tort ou à raison, convaincre qu’ils allaient permettre, progrès aidant, d’accéder au bonheur. 

Ce dernier nous a été vendu (et nous avons adoré l’acheter comme tel) sous une forme de confort basée non pas sur les réalités de la physiologie et de la réponse aux demandes de l’organisme, mais en misant tout sur le chauffage des habitats.

Citons au titre de ce qui a prévalu à cette forme d’évolution de nombreux systèmes de chauffage allant des chaudières alimentées avec divers combustibles (fuel, gaz, charbon, bois …) aux radiateurs électriques alimentés par une électricité dont on nous a dit (et certains nous disent encore) que notre indépendance pour sa production est garantie puisque d’origine nucléaire … comme si nous étions producteurs d’uranium !

Sont apparus des systèmes de plus en plus “pointus”, telles les pompes à chaleur puisant leurs calories de base dans l’air, dans l’eau ou dans le sol. Les radiateurs électriques par rayonnement ont remplacé les radiateurs par convection, les sols chauffants sont devenus le nec plus ultra d’une forme de confort vendu comme étant l’aboutissement ultime, …

Tous ces moyens de chauffage ont permis de nourrir le mythe d’un chauffage qui serait synonyme de confort.

Habillement

Il n’y a que quelques décennies, l’idée de vivre en t-shirt à l’intérieur d’un habitat alors que règne une température extérieure négative ne serait venue à personne.

Cette aspiration, assurément très agréable, est l’aboutissement d’un mode de vie quasi imposé par les modes vestimentaires, les reportages divers, les spectacles retransmis où les invités des plateaux où les acteurs sont, ainsi, peu vêtus.

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Le mimétisme aidant, il n’est pas surprenant que nous nous soyons laissés tenter et que la majorité s’habillent beaucoup moins qu’autrefois dans les intérieurs.

Nous voulons pouvoir, à tout prix, évoluer légèrement vêtus chez nous, été comme hiver.

Ceci impose de faire appel à du chauffage pour atteindre une ambiance confortable, avec entre autres, tel que présenté ci-avant, une humidité relative confortable, de l’ordre de 50 à 60 %. A n’en pas douter, ce comportement fait partie des plus aberrants qui soit !

Le paradigme mis en place

Tout a été développé, argumenté, présenté et inculqué pour nous mettre en tête que le bonheur de vivre dans un habitat est lié à sa température (laquelle rappelons le n’a pour seul avantage que de faire baisser le taux d’HR). 

Pour disposer d’un niveau de confort le plus élevé possible, il faut maintenir un taux d’HR compris entre 50 et 60 % (ceci ne nous a jamais été expliqué par les grands communicants, législateurs ou développeurs de normes et labels).

Le plus simple (en tout cas c’est la voie qui a été retenue) pour maintenir ce taux d’HR est d’adapter la température intérieure au niveau adéquat. Attendu que le choix a été porté de porter l’action principale sur le chauffage, il a fallu prendre en compte le coût de celui-ci.

A partir de 1973 (premier choc pétrolier), cette acceptation de la dépense liée au chauffage, augmentation de l’énergie oblige, a commencé à poser problème.

Nous aurions pu en profiter pour nous poser des réflexions de fond mais non, la piste principale n’a pas évolué : il faut chauffer. Ce qui a changé c’est qu’il est devenu important de permettre au citoyen lambda de pouvoir s’acheter de quoi chauffer son habitat.

Euréka ! Mettons en place de quoi limiter les fuites de calories pour maintenir la facture de chauffage dans les limites acceptables par ceux qui devront la payer : les utilisateurs !

Confort synonyme de température élevée

Dès lors que l’option retenue a été de chauffer l’air pour faire face à trop d’eau dans l’air, il faut faire monter ce dernier à une température relativement élevée. A  titre d’exemple, de l’air contenant 11 g d’eau par kilo (1 kg d’air c’est environ 0,7 m3) affiche un taux d’HR de plus de 70 % à 19°, ce qui le met hors la zone de confort; et de 55 % à 23°, ce taux d’HR le ramène dans la zone de confort. 

Analysé sous un autre angle : 70 % d’HR à 19°, c’est environ 11 g d’eau par kg d’air, soit seulement 4 g de plus qu’à 55 % d’HR pour la même température de 19° (l’équivalent de 4 cuillères à café d’eau dans 0,7 m3 d’air !)… Et comme augmenter la température de l’air de 4° suffit pour ressentir du confort en faisant baisser l’HR sans en changer la teneur absolue en eau, on continue à opérer ainsi (mais avec quelles conséquences ?) !

Température élevée synonyme de consommation d’énergie

Un chiffre circule et semble assez juste (bien que personne ne connaisse réellement ni son origine ni son mode de calcul). Pour un habitat totalement non isolé, tel que ceux d’avant 1973 : 1° de température supplémentaire, c’est 7 % d’énergie de chauffage consommée en plus. Donc, selon cette base, et les chiffres ci-dessus, c’est un coût supplémentaire de 4 (degrés) x 7 (% de surconsommation) = 28 %, entre ¼ et ⅓ plus cher !

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L’énergie devient rare et chère

Ces coûts ont été admis et assumables financièrement par les utilisateurs aussi longtemps que l’énergie a été peu chère.

La situation a changé brusquement en 1973 suite à la rébellion de certains pays producteurs de pétrole, sous l’égide de l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole).

La France a réagi en ressortant un vieux slogan (vidéo) : “On n’a pas de pétrole mais on a des idées”.

Parmi les idées marquantes, citons la décision de faire baisser la vitesse des véhicules sur route et autoroute, d’inciter à chauffer moins les logements, à éclairer moins longtemps, à prendre moins l’avion (force est de constater que, 40 ans plus tard, tout ceci reste d’actualité !)… Vous pouvez découvrir toutes ces incitations ou décisions dans la troisième vidéo qui nous est proposée dans un article de l’OBS, déclaration officielle du premier ministre d’alors, Pierre Messmer

Ces décisions remontent à moins de 50 ans, ce qui est récent eu égard à l’histoire de l’humanité et de nos civilisations et sociétés.

Dès alors, le seul levier concernait la consommation à l’exploitation des équipements et systèmes que nous utilisons mais rien n’était abordé pour ce qui concerne leur fabrication, construction, entretien et recyclage.

Il faut économiser l’énergie

Si l’approche décrite ci-avant était acceptable dans les années 1973/1974, dans l’urgence d’un changement de paradigme, il est très dommage de constater à quel point nous en sommes encore, peu ou prou, dans la même situation d’approche et que, à ce jour, nous ne tenons guère plus compte des fabrications, mises en œuvre, entretiens et recyclages.

Comme le démontre la déclaration officielle de Pierre Messmer en 1973 sus-rappelée, la décision d’inciter à économiser l’énergie n’avait pas trait au fait que nous pourrions en manquer un jour, pas plus qu’au fait que brûler de l’énergie fossile contribue grandement au dérèglement climatique, mais au fait qu’il allait devenir difficile de la payer car, pour des raisons à l’époque de géopolitique, elle était devenue très chère.

Pourtant le dérèglement potentiel du climat et les difficultés sociétales, économiques et politiques, ainsi que de santé, étaient déjà connus, au moins de quelques uns. Leurs arguments d’alors (vidéo) se sont avérés pour le moins décrire de façon assez juste ce qui se passe aujourd’hui.

Si effectivement les économies diverses, financières, de ressources, d’énergie, liées à l’exploitation sont incontestables, qu’en est-il des dépenses, également financières, de ressources et d’énergie liées à la réalisation des travaux ou à la fabrication, à l’entretien et au recyclage des systèmes mis en œuvre ?

Attendu que seules les économies liées à l’exploitation ont été prises en compte et que la volonté a été de ne suivre que cette voie, les autorités de tutelle (relayées par les médias de toutes sortes), les politiques de tous bords, les économistes dans leur quasi unanimité ainsi que, et nous le déplorons encore plus, nombre de sociologues et urbanistes s’y sont engouffrés et les ont érigées au statut de quasi religion : IL FAUT ISOLER !

Isolons donc !!!

Et pourquoi pas, mais sans analyse préalable des conséquences possibles, multiples et variées ? Certainement pas ! Et pourtant, c’est bien ce qui s’est produit et, plus grave, se produit encore !

De la cave au plafond !

Toute paroi extérieure fuit et laisse échapper de précieuses calories. C’est un fait, et ce quelle qu’en soit sa nature, quels qu’en soient ses composants et quelle que soit la technique qui a prévalu à sa réalisation.

Elle fuit de façon variable, selon sa situation et selon sa constitution, mais quelle politique est menée depuis 1973 ?

Il faut isoler, tous les points de la bâtisse et à tout prix (un exemple parmi tant d’autres), quel qu’il soit lui aussi et quelle qu’en soit la nature, financière, en terme de ressources, d’économie d’énergie, sans discernement. L’objectif est de tendre vers des fuites minimales !

Avec quels bénéfices ?

Peut-on espérer avoir le même impact en isolant un plancher sur vide sanitaire, ou terre-plein, réputés représenter entre 7 et 10 % des fuites totales qu’en isolant un plafond sous combles perdus, réputé, pour une même surface, représenter environ 25 à 30 % de la totalité des fuites ?

Ça semble tellement évident que nous nous demandons pourquoi certains conseillers en économie d’énergie s’évertuent à continuer à conseiller d’intervenir sur les sols sur terre-plein.

Nous avons eu des témoignages de prescription allant jusqu’à préconiser de casser et détruire un plancher béton sur terre-plein et lui substituer un plancher bas réalisé sur hérisson ventilé et isolé, réalisé avec du béton à la chaux.

Dans l’absolu, ils ont raison au plan de la perspirance et des pieds chauds (encore que d’autres solutions infiniment moins coûteuses à tous points de vue soient possible). Cependant, comment justifier l’économie de quelques calories (rappelons-nous bien qu’il n’est pas possible d’éradiquer toutes les fuites d’une paroi, seulement d’en réduire les déperditions) par la dépense de 20, 50, 100 fois plus d’énergie et de ressources pour la réalisation de travaux que ces derniers permettront d’économiser lors de l’exploitation ?

Nous avons perdu le sens commun, le bon sens paysan, la pertinence de nos aïeux !

Une qualité requise et les autres qualités… oubliées  

Sous prétexte d’isolation aux fins d’éviter les fuites de calories, nous avons opté pour une seule valeur susceptible de nous permettre d’atteindre nos objectifs, le lambda.

Cependant cette qualité, importante, n’est pas la seule, et ne s’intéresser qu’à elle c’est faire fi des autres critères que sont la chaleur spécifique, la densité de mise en œuvre, et les capacités de perspirance permettant d’améliorer la gestion du taux d’humidité dans l’isolant. 

Nous aborderons plus en détail tous ces points dans l’un des articles à suivre.

Quid des effets secondaires ? Quid des externalités ?

Il est encore d’autres critères que nous avons oubliés, ceux qui impactent non pas directement la gestion de la thermie de l’habitat, mais l’environnement, le climat, les ressources, la salubrité, la santé des occupants, la pérennité de l’ouvrage à isoler.

Est-il admissible, alors que nous sommes déjà confrontés aux effets du dérèglement climatique, particulièrement liés aux rejets de CO2 piégés au carbonifère de continuer à utiliser des isolants issus de la pétrochimie ?

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En effet, lorsque du pétrole est raffiné, il fournit, selon le type de brut, immuablement les mêmes proportions de : essence, gasoil, fuel lourd, lubrifiants, dérivés pétrochimiques… 

Dit autrement, on ne fait pas ce que l’on veut avec du pétrole. Lorsqu’on le raffine, il se sépare en divers éléments, lesquels doivent être utilisés chacun selon ses spécificités, si on ne veut pas les voir devenir des déchets ultimes.

Avec certains on fait des carburants, avec d’autres des médicaments, d’autres encore fourniront du plastique, des lubrifiants (cf. incendie de l’usine Lubrizol à Rouen), et pour ce qui nous intéresse ici, avec du styrène, on fait du polystyrène, avec de l’uréthane on fait du polyuréthane.

Utiliser ces dérivés du pétrole pour faire des isolants, c’est favoriser cette industrie et rendre les carburants moins chers puisqu’ainsi une partie des dérivés trouve un emploi et donc une valorisation.

Dans le même esprit, est-il admissible de favoriser des isolants fortement énergivores à la fabrication et non recyclables (dans les faits), telle que la laine de verre ?

Le lambda, critère quasi exclusif des diverses classifications, permet un très bon classement de tous ces isolants, soit issus de la pétrochimie, soit non recyclables, soit les deux. Leur emploi engendre des externalités que, faute de les avoir anticipées, la société dans sa globalité devra payer … et pas seulement sous forme d’espèces sonnantes et trébuchantes. 

Ces externalités non prises en compte auront des impacts : au plan sociétal, au plan sanitaire, au plan du dérèglement climatique si souvent évoqué. 

Elles seront un jour en partie responsables de temps bien difficiles pour diverses espèces vivantes, dont homosapiens, nous paierons tous l’addition !

Conclusion

L’isolation ne semble effectivement pas la solution unique pour relever tous les défis qui nous font face : 

  • garantir une salubrité propre à permettre une belle vie aux occupants,
  • tenir compte des effets sur le dérèglement climatique du fait des consommations d’énergie liées à l’exploitation,
  • tenir compte de l’utilisation a minima raisonnée de ressources, par nature, limitées,
  • garantir la pérennité des ouvrages via une sélection très rigoureuse des matériaux et des techniques les mieux adaptés,
  • ET, SURTOUT… répondre au besoin de confort sans tomber dans les excès de la consommation et du consumérisme !

En un mot comme en cent, il nous faut retrouver le bon sens, devenir ou redevenir pertinents, ne pas nous laisser déborder par des principes élevés au rang de dogme.

Une fois de plus, soyons disruptifs : changeons de paradigme… (à découvrir dans un des articles à suivre…).

Crédits photos : FMI Fachverband Mineralwolleindustrie (Wikimedia) Gilmanshin, Geralt de Pixaby 

Claude Lefrançois
Dans le bâtiment, par passion, depuis presque 40 ans, Ancien charpentier, ancien artisan, ancien constructeur de Maisons à Ossature Bois, ancien maitre d'œuvre, Ancien et encore formateur à l'isolation bio-sourcée, • Titulaire d'un brevet de construction de MOB en kit, Conférencier dans plusieurs domaines liés à l'éco-construction, l'éco-isolation, Youtubeur via des vidéos sur, dans un premier temps, l'isolation et l'efficacité énergétique et, parce qu'il faut aller plus loin, futurement, plus largement, le bâtiment responsable et pertinent, Initiateur et administrateur d'un groupe sur Facebook : Rénovation pertinente » . Pour ceux qui souhaiteraient plus d'informations : www.papyclaude.fr

11 réflexions sur “L’isolation … et si nous faisions fausse route ?

  1. Merci pour cet article bien construit et pertinent.
    J’ajouterai qu’à trop isoler nos maisons, nous avons été obligés d’y ajouter des systèmes de ventilation et de circulation de l’air, eux aussi gourmands en énergie…
    Le monde ne tourne pas rond…

    • Bonsoir Franckv,
      Merci d’avoir apprécié cet article.
      Cependant, ce n’est pas parce eue nous avons trop isolé nos maisons que nous avons été obligés de renouveler mécaniquement l’air de nos habitats.
      Nous avons développé ce sujet dans quelques articles qui expliquent les pourquoi de ces besoins et comment les satisfaire.
      Bien que nous soyons très « circonspects » vis à vis des maisons passives ou à très hautes performance, donc très isolées et également équipées de renouvellement d’air mécanique, force est de reconnaître qu’elles se chauffent en y allumant une bougie. Pour être certain d’être bien compris, nous ne sommes pas particulièrement fans des maisons à très haute performance énergétique, mais pour d’autres raisons, plus liées à la débauche de ressource et d’énergie consommées à la construction pour arriver à ne quasiment rien consommer à l’exploitation.
      La vraie question serait plutôt : les économies générées permettront-elles d' »amortir les dépenses consenties à la réalisation ?

      Les articles qui parlent du renouvellement d’air sont trouvables via ce lien, rubrique « renouvellement d’air » : https://www.build-green.fr/un-coup-doeil-dans-le-retroviseur-2018/

  2. Merci pour cet article bien construit et argumenté. Il manque toutefois un élément à votre analyse des changement de mode de vie. Autrefois, surtout dans les campagnes, les gens étaient actifs, ils bougeaient. Ils rentraient à la maison le soir pour manger et dormir, et basta. Les bourgeois avaient aussi quelques occupations. Je veux en venir au fait que une fois dans leurs intérieurs ils n’étaient pas immobiles devant la TV ! De nos jours, beaucoup de personnes sont sans emploi, désocialisées ou en télétravail. Et je vous garanti qu’à bosser toute la journée sur un ordi à moins de 20°, même dans une maison saine et avec un bon pull, on a froid !

    • Bonjour Nicole de Bathestia, merci pour votre apport.
      Effectivement, à 20°, même d’ailleurs à plus, on peut ressentir du froid … selon ce avec quoi les travaux en général ont été réalisés et selon divers autres points.

      Raisons physiologiques
      Le fait d’être en activité fait monter notre organisme en température, lequel, pour se réguler, provoque un transfert des calories ainsi générées vers l’extérieur de notre corps. Ce transfert se met en place sous l’impulsion de l’hypothalamus, laquelle glande provoque une vasodilatation de nos vaisseaux sanguins, ce qui aboutit à une augmentation du flux sanguin de l’intérieur du cores vers sa surface extérieure (un effet très visible, lorsqu’on a chaud, notre peau est beaucoup plus rouge : afflux de sang !).
      En combinaison avec une transpiration, laquelle induit, par évaporation (phénomène exothermique), s’organise un transfert des calories de surface dans le milieu ambiant, c’est à dire l’air.

      Raisons physiques
      Un des principaux ressentis de confort est dû à la quantité de rayonnement reçu depuis les éléments extérieurs (pour faire simple : tout ce qui constitue l’habitat et avec lequel nous sommes en contact visuel).
      Si les murs n’ont pas un bon niveau d’émissivité, nous perdons plus de rayonnement que nous en gagnons et donc nous compensons par une demande de plus de chaleur ambiante … laquelle augmente notre transfert sanguin, lequel augmente notre transpiration, laquelle refroidit encore plus notre peau, laquelle est encore plus en décalage avec ……… bref, vous l’avez compris, l’isolation seule, permet de chauffer à haute température et ne permet pas d’atteindre un bon niveau de confort si … le reste n’est pas de bon niveau.
      Voilà ce en quoi nous faisons fausse route !

      Pour aller jusqu’au bout du raisonnement, on peut être dans le confort à 18 ou 19°, sans bouger, à condition que l’humidité relative soit au bon niveau (proche de 55%) que l’air soit stable, que l’émissivité des parois soit correcte, que nous soyons réchauffés non par convection mais par rayonnement …

      Nous avons développé tous ces concepts sur l’ensemble de l’année 2019, au travers d’environ 30 articles, que vous pourrez retrouver en référence sous les mots clés « confort », « rayonnement », « effusivité, diffusivité », « chauffage », « parements » ou sous le nom de leur auteur, Claude lefrançois.

  3. Bonjour Claude,
    J’ai découvert Build Green et vos articles très récemment sur Linkedin et vous remercie d’exister !
    Il est difficile de se faire une idée objective sur ces sujets tant le matraquage médiatique et la culture des acteurs de la construction (qui en résulte en bonne partie) nous abreuve de recettes miracles et non négociables.
    Je partage entièrement votre point de vue quant au fait qu’il est urgent de retrouver la raison.
    Pour moi, il faut d’urgence sortir de l’idée qu’il y a une solution universelle . La nature fonctionne depuis des milliards d’années sur les principes de l’adaptation aux conditions locales et de l’interdépendance.
    Nous ferions bien de nous en inspirer en cherchant des solutions adaptées à notre propre environnement et notre propre mode de vie. Il reste qu’il devient (on sait qui est le responsable ..) de plus en plus difficile de faire des projections à 10 ou 15 ans quant aux conditions météorologiques ( entre autre ..) à venir : Va-t-il faire très froid ? Très chaud ? Combien de jours par an ? Sec ? Humide ? Il va donc falloir trouver des solutions souples, adaptables au quotidien ! Penser que tout peut changer du jour au lendemain et être capable de modifier certains éléments en fonction de ces changements. Les plantes font ça très bien, elles s’ouvrent se ferment, se tournent et quand ce n’est plus vivable, elles s’en vont en permettant à d’autres plus adaptées de s’installer à leur tour …
    J’ai choisi la terre, le bois, la paille et l’autoconstruction entre autre pour cette raison : Que ma maison soit adaptable et que je sois capable de réaliser moi même ces adaptations à moindre coût. Du coup, le confort vient des choix techniques mais aussi de la satisfaction du savoir faire et défaire !
    Bonne continuation à vous et toute l’équipe de Build Green

    • Bonjour Monsieur Rau,
      nous ne doutons pas, nous non plus, de votre sincérité mais deux hypothèzes sur votre commentaire :
      – soit vous n’avez pas lu notre article (ou mal lu, celui-ci comme de nombreux autres),
      – soit vous vous êtes trompé de lien pour nous proposer un article, lequel dans sa globalité va plutôt dans le sens de nos dires.

      Une remarque toutefois : cet article ne propose pas de sourçage, ce qui est très dommage car il fait allusion à des interdits ici ou là de tel ou tel isolant et nous sommes très preneurs de ces informations (lesquelles sont citées sur divers supports, jamais sourcées) et, pour ce qui nous concerne, après pour avoir consulté des correspondants en ces pays, quasiment aucun de ces interdits ne nous a été confirmé de leur part…
      Si vous pouviez nous fournir des sources fiables, sachez que nous nous ferions un grand plaisir de les relayer.
      Nous sommes en effet, nous aussi, des gens convaincus, notre probité est grande et notre souci d’aider nos concitoyens dans l’améliorations saine de leur habitat et la sauvegarde de notre biotope, la terre est notre ligne de conduite au quotidien.

      Bien à vous
      Claude lefrançois, en mon nom et au nom de Build Green.

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