Produit biosourcé : le premier label des éco-matériaux

Papy Claude

C’est officiel depuis le 7 juin 2017, un nouveau label vient rejoindre la longue liste des appellations vertueuses du bâtiment : les produits biosourcés. L’objectif affiché : apporter une garantie sur l’origine des produits aux maîtres d’ouvrage.

La réponse à une obligation environnementale

Avec l’arrivée de la prochaine réglementation environnementale pour le bâtiment, actuellement en test sous le pseudonyme E+C-, les constructeurs, promoteurs et architectes doivent se creuser la tête pour diminuer, entre autre, l’impact carbone des matériaux sur leurs constructions. Ils se réfèrent notamment aux fiches FDES de l’Inies, mais celles-ci ne mettent forcément pas en avant les matériaux les plus vertueux pour la planète.

Ce nouveau label répond à un dilemme affiché par la loi de transition énergétique (art. 14) qui fait la promotion des matériaux biosourcés mais n’en donne finalement aucune définition : « L’utilisation des matériaux biosourcés concourt significativement au stockage de carbone atmosphérique et à la préservation des ressources naturelles. Elle est encouragée par les pouvoirs publics lors de la construction ou de la rénovation des bâtiments. « 

Photo Twitter @Karibati_

Le label est à l’origine de Karibati, une Scop crée en 2015, dirigée par Yves Hustache, qui « accompagne tout acteur qui souhaite innover, se développer, bâtir ou mieux habiter, grâce aux matériaux biosourcés pour le bâtiment« . Son label de « produits biosourcés » a été étudié à destination des fabricants de matières premières du secteur du bâtiment. Parmi ses clients l’association des industriels de la construction biosourcée (ex Asiv), l’Ecima (l’association des fabricants de ouate de celullose) ou  l’association pour le développement des immeubles à vivre en bois (Adivbois).

Un label à 3 niveaux d’exigence

Pour obtenir ce label, les produits devront répondre à trois exigences :

  • un pourcentage minimum de matière première issue de la biomasse
  • un produit apte à l’usage et relever de règles professionnelles, d’un avis technique ou d’une norme
  • transparence des informations environnementales, de la composition des produits et de l’origine de la matière première

Avec ce label, Karibati fait un appel du pied au discret, mais non moins officiel, label « Bâtiment Biosourcé » (Décret n°2012-518 du 19 avril 2012), lui même assez avare sur la définition de sa filière : « des matériaux d’origine végétale ou animale peuvent être utilisés lors de la construction de bâtiments. Ces matériaux sont communément qualifiés de biomatériaux ou de matériaux biosourcés : il s’agit notamment du bois et de ses dérivés, du chanvre, de la paille, de la plume ou de la laine de mouton. Ils présentent deux atouts principaux sur le plan de l’environnement : d’une part, la matière dont ils sont issus est renouvelable, d’autre part, ils peuvent contribuer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre et au stockage temporaire de carbone. »

A noter que le coût de labellisation d’un produit sera compris entre 3.000 et 5.000 euros pour une PME et un tarif adapté aux TPE entre 1.800 et 3.000 euros. Un surcoût non négligeable pour tous ces industriels déjà très handicapés entre les avis techniques et autres normes européennes.

Pour faire une demande de labellisation, rendez-vous sur le site produitbiosource.fr pour télécharger un dossier de demande sur le site.

Nos interrogations sur ce label

On peut s’étonner de la présence dans le comité du label d’industriels de la filière (Ecima, AICB et Advibois) pour l’obtention de ces fameux labels.  Vont-ils ouvrir la porte à des produits issus d’industriels non membres de leurs fédérations ? N’y aura t-il pas d’accointance, justement, avec ces membres ? D’autres clients de Karibati sont toutefois présents dans ce comité : Eiffage, Bouygues immobilier et Icade. Suffisent-ils à servir de caution pour les industriels ?

Alors pourquoi ne trouve t-on pas la présence dans ce comité d’expert indépendant du bâtiment ou des matériaux, de bureaux d’étude ou même de représentants des architectes ou des artisans, prescripteurs de ces produits biosourcés ? Cela sera t-il envisagé ?

Quid des matériaux « bruts » comme le bois, la terre ou la pierre. D’après les critères, ils ne pourraient être considérés comme des matériaux biosourcés ?

Cette initiative va t-elle suffire à amoindrir les efforts des matériaux conventionnels historiques qui s’évertuent à « greenwasher » leurs produits depuis quelques années ? Certains d’entre eux faisant le choix de racheter des fabricants plus vertueux et d’autres ajoutant une pincée de matériaux verts pour faire passer la pilule d’un éco-bilan misérable. Ou pire encore pour certains, qui font usage de la compensation carbone !

En tous les cas, on ne peut que se féliciter de cette initiative qui fait la part belle aux éco-matériaux, … à ne pas confondre avec les bio-matériaux « « matériau non vivant, utilisé dans un dispositif médical et conçu pour interagir avec des systèmes biologiques, qu’il participe à constitution d’un appareillage à visée diagnostique ou à celle d’un substitut de tissu ou d’organe, ou encore à celle d’un dispositif de suppléance (ou assistance) fonctionnelle ».

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Pascal Faucompré
Editeur et Rédacteur de Build Green, votre média participatif sur l'habitat écologique et pertinent. Passionné par le sujet de l’éco-construction depuis 2010. Également éditeur et rédacteur sur d'autres sites dans l'habitat et Animateur de nombreux réseaux sociaux depuis 2011 et d'une revue sur : Scoop.it

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