Murs en pierre, leurs atouts et contraintes

Un mur, c’est un mur ! Oui et … non, car un mur, c’est aussi ce qui le compose (pierre, pisé, béton ou autres) là où il se situe, sa fonction, ce qu’il porte, ce qu’on en attend. Une grande partie de ceux des maisons anciennes sont en pierre, et nous, on les aime !

Un mur, c’est une grande variété de fonctions et, le moins qu’on en attend, c’est qu’il les assure le mieux et le plus longtemps possible.

Il peut être porteur, extérieur, de séparation, de refend, de contreventement, intérieur, massif, léger, réalisé en pierre, en terre, en bois, en bétons divers et variables, massifs ou en éléments séparés maçonnés, composé de certains de ces éléments combinés …

Parmi tous les possibles, ce sont ceux en pierre qui ont retenu notre attention. Nous allons, bien sûr, aborder sommairement les méthodes de mise en œuvre mais, surtout, ce qu’il est possible ou non de leur faire subir.

Vous l’avez compris, c’est plus comment ne pas les abimer qui va nous intéresser, les pathologies que nous pourrions lui causer par des actions inappropriées.

Méthodes de construction

Histoire

On a construit selon des techniques traditionnelles, en totalité jusqu’au début du XXe siècle, puis, de façon décroissante jusqu’à arriver aux techniques contemporaines dont leur quasi généralisation est située en 1948 (pdf). Depuis lors, les bâtis sont dits “modernes”.

Fondations

Remettons-nous dans les conditions et avec les moyens de l’époque :

ne disposant pas de ciment (il n’avait pas encore été inventé, tout au moins le Portland et, de toute façon, n’aurait pas été à leur portée financière), ils ne faisaient pas de fondations sous forme de semelle filante tel qu’on les conçoit maintenant, monolithiques, liées avec des ferraillages propres à en empêcher toute déformation.

Il n’y avait pas non plus, de rupteur de remontée capillaire.

Mode opératoire d’alors : le sol était purgé de la terre arable et des couches meubles (il faut bien reconnaître que piocher à la main est un élément limitant par rapport à l’usage d’une pelleteuse …).

Dès que le terrain était jugé suffisamment stable et porteur, les premières étaient mises en place. On en a gardé l’expression de “la pose de la 1ère pierre”. En règle générale, des blocs de grande dimension étaient utilisés, propre à assurer un appui au sol le plus étendu possible.

Ils se contentaient de poser des pierres plates quand il y en avait localement car pas de transport. Pour info, un tombereau tiré par un cheval n’est pas un camion ! Selon qu’on est sur le plat ou qu’il y a des côtes, le tonnage maxi possible est de deux à trois tonnes. A une densité moyenne de de 2,2 tonnes au m3, ça fait peu, ceci à la vitesse d’un cheval. Et encore fallait-il en avoir un !.

Le plus souvent elles brillent par leur absence.

Elévations

Selon les régions, les ressources locales et le savoir-faire des hommes de l’art, adapté, secteur par secteur, à ces ressources locales, les pierres pouvaient être taillées ou de “tout-venant”.

Pierres taillées

Mur en pierre taillée

Mur en pierre taillée

Elles ont été privilégiées lorsque, suite à leur calibrage, elles permettaient d’économiser du liant, parfois non disponible à proximité. Les joints de mortiers sont, généralement, réalisés au mortier de chaux, ils sont peu épais. Parfois le choix était esthétique. Dans certaines régions, à pierre tendre, le taillage étant facile, il présentait un gain financier réel par rapport aux autres techniques. Le Tuffeau, par exemple, a été largement utilisé sous forme de moellons dans le Val de Loire.

Pierre de “tout venant”

Mur en pierres tout venant

Il s’agit de pierre selon leurs formes naturelles (galets, silex …) ou en l’état d’extraction des carrières. Parfois elles étaient simplement ramassées dans les champs (n’oublions pas qu’alors la France était essentiellement rurale)

Mortier d’assemblage

Un mur ancien en pierre a, généralement, été hourdé à la terre ou au mortier de chaux, dans ce dernier cas, le plus souvent très faiblement dosé. Par exemple, le château de Guédelon, château fort en cours de construction en Puisaye dans l’Yonne, selon les techniques du XIIIème siècle est monté avec un mortier dont les proportions sont : 3 sable, 2 chaux, 1 terre.

château de Guédelon en cours de construction en Puisaye

château de Guédelon en cours de construction en Puisaye

Ce type de mortier ne “colle” pas les éléments tel que peut le faire un mortier actuel au ciment Portland et ne constitue pas, à terme, un mur monolithique indéformable.

Ce n’était pas le but des anciens. Quand ils ne pouvaient pas acheter de chaux (trop cher ou trop loin), ils montaient à la terre et enduisaient de même. Quand ils pouvaient se procurer de la chaux, ils en mettaient un peu, l’objectif étant que le mortier tienne un peu sur lui-même car les pierres étaient plutôt « calées » que collées ».

Le ciment n’avait pas encore été inventé, tout au moins le Portland et, de toute façon, n’aurait pas été à leur portée financière.

Principe général

Le plus souvent, un mur en pierre est, en fait, constitué de 2 murs, un empilage extérieur et un empilage intérieur. Les espaces entre les 2 rangs étaient comblés avec les résidus grossiers de taillage et/ou “ajustage”.

Afin d’en assurer la stabilité, ces 2 empilages s’appuyaient (et s’appuient encore !) l’un contre l’autre, ce qui génère cet aspect de léger faux aplomb qu’on appelle le fruit.

 

Pour comprendre les vieilles bâtisses, il faut essayer de comprendre ceux qui les ont bâties et la fonction qu’elles avaient, a savoir que la thermie n’était pas à l’époque, et de loin, le souci N° 1. Les choses ont beaucoup changé depuis !

Donc ces murs, bien que correctement empilés ou maçonnés, ne sont pas d’une très grande stabilité.

Fonctionnement de ces types de murs

Reprises de charge

Il ne faut jamais perdre de vue que ces parois ne sont pas des monolithes et sont donc plus sujets à déformation que des murs modernes dont les éléments sont plus solidaires les uns des autres.

Appui sur une seule des faces

Attendu qu’ils sont constitués quasiment (en simplifiant) de 2 murs, certes proches, certes en contact l’un avec l’autre, mais indépendant quand même, il est nécessaire, en cas d’appui sur seulement l’un d’entre eux, de limiter la charge imposée et de la répartir le plus possible.
A l’origine, ces appuis étaient souvent supportés par des corbeaux constitués de grosses pierres traversantes. Donc, même si la compression était principalement supportée par une seule des 2 faces, l’autre était quand même un tant soit peu solidaire.

Appui sur l’ensemble du mur par des pièces traversantes

Il s’agit, le plus souvent, des pièces de charpente telles que les pannes.

Ces murs sont parfaitement capables d’assurer les charges ainsi imposées.

Etat dans lequel ils devraient être :

S’ils ont été conservés en leur état d’origine, ils devraient être soit à pierres apparentes et jointoiement (au mortier de chaux) en bon état afin d’empêcher toute infiltration d’eau ou crépis à la chaux. Plus rarement mais pas impossible : certains ont pu être enduits à la terre.

Mur en pierre avec mortier de chaux

Mur en pierre avec mortier de chaux

Si le terrain qui les supporte a bien été analysé, choisi, préparé, ils devraient être d’aplomb, droits, pas fissurés, bref, comme au 1er jour. C’est rarement le cas … aucun terrain n’étant uniformément stable, avec un taux de compressibilité identique de mètre en mètre, l’humidité du sol est, elle aussi, rarement uniforme, influencée parfois par des éléments extérieurs. Dans les fermes par exemple, la fosse à purin, également d’autres constructions, édifiées ultérieurement, ont pu dévier des eaux de ruissellement ici ou là, et les canaliser sur certains points et pas d’autres, engendrant de fait des portances différentes pour le futur alors qu’elles étaient uniformes initiallement..

Leur vécu

Les bâtisses anciennes, posées sur des sols qui, encore maintenant, évoluent, continuent à bouger, très peu certes mais régulièrement et continuellement. Ceci signifie que les murs, eux-mêmes souples, continuent à bouger. Oh, c’est imperceptible, mais ils bougent. Ceci ne présente aucun danger car tout suit, au rythme de la maison. C’est ce qui explique que certains planchers peuvent ne pas être plans, peuvent ne pas être de niveau. Ce n’est pas grave, tout au moins au plan structurel.

À moins de creuser sous les pierres qui ont servi de base, d’y couler un béton bien implanté sur le sol, de le ferrailler en continu, elles continueront, au moins sur leurs bases, à bouger. Et comment couler ce béton ? C’est faisable, ça a été fait sous la tour de Pise en Italie, ça a été fait au centre de Rennes sous le couvent des Jacobins afin, pour la ville, de se doter d’un centre de congrès. Sauf que, pour la tour de Pise ça a couté une fortune et que, pour Rennes, le budget était pharaonique. Bref, vous l’avez compris, ce n’est pas à la portée du commun des mortels.

Il faut donc admettre que ces maisons vont bouger encore.

Leurs attraits

L’inertie

La masse représentée par le volume de matériaux utilisés présente un intérêt évident pour stabiliser la température intérieure des maisons.

La stabilisation de la température est un gage de confort. Elle permet, l’hiver, de limiter les amplitudes de température et, l’été, de maintenir une atmosphère fraîche.

La perspirance

Les qualités de perspirance des murs en pierre aident à la régulation de la teneur en eau de l’air ambiant. Cette teneur, si elle est maîtrisée, permet d’assurer un bon niveau de ressenti de confort. En permettant, l’été, l’évaporation des remontées capillaires à l’intérieur, phénomène exothermique, contribue au maintien d’une température agréable.

Si ces murs sont isolés par l’intérieur, il faudra choisir un pare-vapeur disposant adapté aux contraintes spécifiques de ce type de murs.

L’aspect esthétique

Comme chaque fois qu’il est fait état d’esthétique, il est évident qu’il est fait appel aux goûts des uns et des autres. Certains peuvent ne pas aimer l’aspect de tels murs, cependant il nous semble que beaucoup y sont sensibles.

Solutions parfois mises en œuvre

Vouloir empêcher de vieux murs en pierre de bouger, hors la solution évoquée ci-dessus, ne pourra se faire qu’au- dessus du sol, mais donc, ce qui est sous ce niveau continuera à bouger.

De plus, on a vu que, hormis parfois les murs en pierre de taille, ces murs sont généralement à 2 rangs de pierre.

Pour éviter que les 2 empilages ne se déforment de façon différenciée, il faudrait donc intervenir sur chacun d’eux.

Pour des raisons évidentes de réalisation et faisabilité, que ce soit via un chainage, une dalle ou autre, sauf à être au sommet (nous y reviendrons), ce nouvel équipement sera ancré, seulement sur une partie du mur, soit le rang extérieur pour un linteau ou autre chainage, soit sur l’empilage intérieur dans le cas d’une dalle. Et donc là, d’un coup, on modifie les mouvements et déformations sur un empilage et pas l’autre.

Dalle ancrée dans les murs

Dans le cas d’une dalle, on amène, du fait du poids, une pression qui n’est plus la même sur les rangs extérieur et intérieur et on provoque un tassement différencié, pas terrible !

Camion mélangeur de ciment

Camion mélangeur de ciment

Il est bien sûr possible, après avoir opéré sur une face et après que la prise de notre beau béton au ciment Portland se sera faite, opérer secondairement sur l’autre face. Si on a été prévoyant, on peut aussi lier les deux (il aura suffi de laisser des ferrailles en attente sur la première partie. Bravo, judicieux !

Pour autant, hors la technicité nécessaire pour y parvenir, hors le temps nécessaire (ou à cause de …) le coût, comme pour le couvent des Jacobins à Rennes, sera pharaonique.

De plus, ce qui est dessous, contrairement au couvent des jacobins déjà cité, ce qui se trouvera dessous ne sera pas stabilisé … Rendez-vous dans quelques décennies pour les désordres …

Le temps du bâtiment n’est pas le temps humain, la nature n’est pas pressée, mais n’en doutons pas, elle est à l’œuvre !

Chaînage en milieu de mur

Hormis le poids moindre que celui d’une dalle, l’autre inconvénient demeurent identique, à savoir, les déformations dessous peuvent continuer et il s’en suivra des fissurations horizontales propres à favoriser l’infiltration d’eau, ce ces murs anciens n’apprécient pas plus que les murs en béton.

Chaînage en sommet de mur

Maintenant, le chainage supérieur (une définition puisée sur un site de cimentier …), celui au niveau des sablières et des pignons … idem que pour le chainage inférieur et/ou la dalle … en dessous, ça va bouger en fonction des mouvements de la maison … et au-dessus, ça ne pourra plus bouger et, à nouveau, pas bon pour la mamie !

D’ailleurs, comment s’appellent les pannes sur le mur ? … Des sablières, mais pourquoi ? Parce que nos anciens, fins observateurs et artisans sages, avaient bien compris que tout ça bougerait, et, pour ne pas bloquer ces mouvements, posaient sur du sable !

Crépis au ciment Portland

Parfois montés avec des pierres friables, selon les régions et la nature de la maçonnerie, il a pu être nécessaire de les crépir.

Autrefois, ne disposant pas de ciment pour les raisons déjà évoquées, les maçons réalisaient ces crépis à la chaux. Ils étaient friables et il fallait les refaire tous les 60 à 80 ans, ce qui représentait une forte contrainte et une charge financière non négligeable.

L’apparition du ciment Portland a laissé espérer, compte tenu que les mortiers, une fois secs, ne s’effritaient plus, qu’il ne serait pas nécessaire de ré-intervenir ultérieurement … on allait enfin toucher à l’inusable, les débuts de l’éternité, victoire de l’homme sur le temps et la matière !

En plus, ces mortiers au ciment Portland sont beaucoup plus imperméables que ceux à la chaux et on croyait, alors, que la cause des murs qui “transpirent”, des condensations parfois constatées était l’infiltration d’eau depuis l’extérieur.

D’une pierre 2 coups : l’étanchéité en prime !

Conséquences

Tenue mécanique

Les murs en pierre, hourdés au mortier de chaux ou à la terre, bougent, se déforment, travaillent comme on dit.

Le fait d’empêcher ces nécessaires mouvements, causés par les mouvements ou les déformations du terrain peut, à terme, engendrer à ces murs des désordres beaucoup plus dommageables que les quelques fissures qui s’y sont développées au fil des ans, voir des siècles.

Etanchéification

Il a été constaté, au fil des ans et des retours d’expérience, souvent peu glorieux il faut le dire, que les dommages liés à l’eau n’étaient pas causés par la pluie et les apports extérieurs. Les vrais responsables sont les remontées capillaires depuis le sol et/ou la concentration de vapeur d’eau dans l’air intérieur, chaud, qui, en se rapprochant de l’extérieur, se refroidit et provoque la condensation de l’eau sur les supports froids …

Un des plus grands fléaux pour les murs anciens, c’est l’eau, ceci pour plusieurs raisons.

Les remontées capillaires,

Qui n’en n’a pas entendu parler ?

Le sol est chargé d’eau, les murs y sont posés et cette eau les remonte tout comme un liquide qui suit une mèche.

Elle entraîne avec elle les sels minéraux dont elle s’est chargée tout au long de son chemin dans le sol.

Or ces murs anciens, comme nous l’avons vu, ne disposent pas de semelles filantes en béton au ciment Portland ni de rupteur de remontée capillaire donc rien n’empèche l’eau de les remonter.

Se faisant, vu la piètre qualité des mortiers, elle risque de les ramollir au point que le mur s’affaissera petit à petit. Cependant il lui en faut de l’eau car autrement la terre du maçonnage, si elle devient trop sèche, n’assurera plus sa fonction de calage correctement car elle deviendra trop friable.

Mais alors, l’eau dans les murs, c’est bien ou ce n’est pas bien ?

Oui, c’est bien mais quand elle y est en juste proportion. Et la nature connaît cette juste proportion, il suffit de la laisser faire. Les excédents d’eau doivent pouvoir s’évaporer dans l’air environnant.

Si on veut intervenir, on déséquilibre les choses, on bouleverse le bel agencement.

Intervention qui perturbe la gestion des remontées capillaires

Pathologies les plus dommageables

Perte de stabilité des murs

La réalisation de dallages, dalles ou chaînages en béton au ciment Portland ralentit considérablement la progression des remontée capillaires, ce qui peut avoir plusieurs conséquences.

La première est que, comme déjà évoqué, une forte humidité dans les murs va les rendre moin stables.

Attaque chimique des composants

Les remontées capillaires s’opèrent avec leur charge de minéraux, principalement des potasses, phosphates et nitrates. Or les nitrates, sous l’action de certaines bactéries, petit à petit, se transforment en nitrite. Ce sont des acides et l’acide attaque tout ce qui est calcaire, dont les pierres et … la chaux, issue de la cuisson de calcaire.

Saturation des murs en eau

En plus des blocages des remontées, il est possible d’en empêcher l’évaporation suite à l’application de crépis trop imperméables, entre autres les crépis au ciment Portland. La nature étant puissante, en général, et c’est une excellent chose, ces crépis se désolidarisent de leur support, cloquent et finissent par tomber.

Mur en pierre crépis en ciment

Mur en pierre crépis en ciment

Si ceci ne se produisait pas, les murs seraient en grave péril. Lorsqu’ils sont réalisés en pierre, les pathologies s’y développent moins vite que dans le pisé, mais n’en doutons pas, avec le temps, les mêmes causes pourraient y produire les mêmes effets. Nous vous proposons 2 illustrations de leurs façons, aux uns et aux autres, de réagir.

Le premier exemple est celui d’un mur en pisé qui s’est écroulé, le deuxième est une vidéo qui présente les désordres liés à la présence d’un crépi ciment contre un mur en pierre.

Conclusion

Les murs en pierre sont souvent magnifiques, les maisons anciennes édifiées avec ce matériau ne manquent pas de charme. Ils sont épais, contribuent au confort et, du fait qu’ils sont anciens et faits avec des matériaux natifs, leur impact carbone est extrêmement faible.

Cependant, au-delà de ces avantages, ils nécessitent qu’on les respecte. Pour qui en accepte les principe et les contraintes, ils assureront de longs et bons services.

Pour qui n’en accepte pas les contraintes et souhaiterait aménager une maison en pierre avec des matériaux “contemporains”, choisis pour leur facilité et/ou rapidité de mise en œuvre, sans prise en compte des besoins physiologiques de la pierre (perspirance entre autres) mieux vaut, pour le bien de cette maison, pour sa santé propre, opter pour un autre type de maison, plus récent et qualifiés de bâtis modernes (pdf).

Crédits Photos : Pixabay, Association Tiez Breiz – Maisons et Paysages de Bretagne, et Claude Lefrançois

Claude Lefrançois
Dans le bâtiment, par passion, depuis presque 40 ans, Ancien charpentier, ancien artisan, ancien constructeur de Maisons à Ossature Bois, ancien maitre d'œuvre, Ancien et encore formateur à l'isolation bio-sourcée, • Titulaire d'un brevet de construction de MOB en kit, Conférencier dans plusieurs domaines liés à l'éco-construction, l'éco-isolation, Youtubeur via des vidéos sur, dans un premier temps, l'isolation et l'efficacité énergétique et, parce qu'il faut aller plus loin, futurement, plus largement, le bâtiment responsable et pertinent, Initiateur et administrateur d'un groupe sur Facebook : Rénovation pertinente » . Pour ceux qui souhaiteraient plus d'informations : www.papyclaude.fr

26 réflexions sur “Murs en pierre, leurs atouts et contraintes

    • Bonjour Maxime, merci d’avoir apprécié cet article.
      Il s’inscrit bien dans ce qui est l’un des objectifs de Build Green : sensibiliser le plus possible, y compris le milieu professionnel afin que le bâtiment, en général, retrouve les chemins de la pertinence.

  1. Bonjour,

    Je suis actuellement entrain de faire décrouter un mur que je pensais faire enduire mais en dessous il y a des magnifiques pierres de taille.
    Pensez-vous qu’il vaut mieux enduire aussi pour l’isolation ou plutôt jointer?
    Merci pour votre réponse.

    • Bonjour NEVEUX,
      Plusieurs options et donc plusieurs réponses :
      – s’il s’agit d’un enduit simple (sable et liant), le fait d’enduire l’intégralité de la surface améliorera la perspirannce du mur (migration de l’eau au travers de la paroi en vue de son évacuation vers l’extérieur). Bien évidemment, à la condition qu’il soit lié à la chaux (s’interdire le moindre ajout d ciment Portland) : https://www.build-green.fr/murs-en-pierre-leurs-atouts-et-contraintes/
      – s’il s’agit d’un enduit correcteur d’effusivité, il sera nécessairement à l’intérieur et la question ne se pose pas de lui substituer la reprise des joints. Par contre nous conseillons de rectifier la planéité avec un mortier chaux/sable préalablement à la mise en œuvre de l’enduit correcteur d’effusivité,
      – si vous souhaitez garder les pierres apparentes à l’extérieur, attention à ce qu’elles soient en capacité de résister à l’eau, certaines pierres doivent impérativement être recouvertes d’un enduit. Un maçon local pourra probablement vous apporte les lumières nécessaires pour répondre à cette question,
      – si vous gardez vos pierres apparentes, attention à ne pas le faire à l’intérieur et à l’extérieur : murs froids garantis, difficultés d’atteindre un bon niveau de confort et coût d’exploitation plus important, en particulier du fait du chauffage.

    • Merci Monsieur Houvrard d’apprécier cet article.
      Nous pensons que vous allez apprécier également la série en cours avec, notamment, un article dédié au confort dans le cadre d’une maison ancienne à murs massifs en pierre, à paraître dans les semaines à venir. Il s’inscrit dans une série dédiée au confort, sans restriction d’approche et en veillant à ne pas succomber à un quelconque dogme ou affirmation péremptoire.

  2. Bonjour,

    j’arrive sur cet article suite à la lecture des 2 articles ITE et ITI. Malheureusement vous ne parlez pas ici d’isolation. et j’imagine que ce sujet sera traité dans votre futur article sur le confort d’une maison ancienne.

    En attendant, j’imagine que la présence de remonté capillaire et la perméabilité d’un mur en pierre font qu’il y aura toujours des traces d’humidité dans un tel mur ?
    Du coup dans le cadre d’une isolation par l’intérieur, le mur restant froid il y aurait forcément un apparition d’un point de rosé qq part dans l’isolant ou à la fonction mur isolant. je me trompe ?
    Pour éviter ce problème, j’imagine qu’il est plus évident de l’isoler par l’extérieur ?
    Le bâtiment en question est aujourd’hui couvert d’un enduit portland 🙁 et les murs un fois dégagé ne sont pas moches mais n’ont pas un intérêt particulier. Au vu de ce que j’ai lu ici, je penche donc plutôt pour une isolation par l’extérieur …. Ai je tort ? Et je pensait laine de bois et bardage bois …

    Merci
    Thomas

    PS: séries d’articles vraiment très intéressants ! merci beaucoup pour ces apports !

    Thomas

    • Bonjour Thomas, … désolé, avec les fêtes, votre commentaire est passé sous les radars et la réponse est un peu tardive.
      Merci d’avoir apprécié cette série … elle sera, assez rapidement, la base d’un livre intégralement dédié à ce thème du confort, si mal appréhendé de façon assez générale.
      Effectivement le prochain article de la série « confort … » sera dédié au traitement des murs extérieurs en pierre.
      En anticipant un peu, le point de rosée n’est pas, en soi, une fatalité. Il se produit lorsque de l’eau est en excès. Dans cette position, en cet endroit, il peut être dû à un apport de remontées supérieur à ce qui peut être évacué ou à une chute de température dans la paroi extrêmement rapide et, en tout cas, plus que ce qu’il faudrait et donc la température dans le matériau correcteur (soit isolant, soit correcteur d’effusivité) serait trop basse eu égard à sa teneur absolue en eau.
      Vous verrez, dans cet article, que nous préconisons ici, soit une isolation, soit une correction d’effusivité via un enduit adapté. Dans les 2 cas, le point de rosée est tout à fait gérable (aux fins de l’éviter bien sûr, pas simplement le contenir à un niveau faible), y compris en isolation par l’intérieur. Par contre, dans le cas d’une ITI, il faut favoriser l’évaporation des apports liés aux remontées capillaires en prévoyant un parevapeur hygrovariable, se sorte à ce que son Sd s’adapte aux contraintes du moment.
      Dans tous les cas, y compris en ITE, le mieux que vous puissiez faire serait de décrépir votre mur à l’extérieur, au moins sur les partie enterrées s’il y en a et sur, au minimum, 1 mètre de haut pour les parties aériennes. Nous parlons bien sûr des faces extérieures de vos murs extérieurs. En effet, même en cas d’ITE, si l’enduit extérieur au ciment Portland est conservé, les remontées capillaires ne pourront s’évaporer que par l’intérieur, ou en tout cas majoritairement par là et alors, après évaporation, vous aurez forcément des traces de salpêtre, pour rappel, dépôt des éléments minéraux contenus dans l’eau.

  3. Bonjour, j’aurai quelque question quel sont les pierres qui ne resiste pas bien a l’eau sans enduit ? Moi j’ai de la pierre type moellon et pierre d’ardoise. Et si eventuellement je peux piquer l’enduit ciment sans faire de joint ? Merci. Et bravo a votre documentation.

    • Merci Judic d’apprécier notre travail.
      Il est impossible d répondre à la question de la gélivité ou non d’une pierre selon le descriptif que vous en faites. Un géologue local ou, au moins, un maçon local y répondrait plus facilement et certainement.
      En effet, un moellon est une forme de pierre, taillée, qui traverse un mur, par une roche en particulier et la pierre d’ardoise est, par définition, un schiste. Toutes les ardoises ne se valent pas et si le vôtres, par exemple, permettent l’infiltration d’eau entre 2 lames, alors la pierre n’est pas gélive …
      Désolé de ne pouvoir apporter une réponse plus complète et tranchée.

  4. Bonsoir,
    Dans le cas d’un ITE sur un mur en pierre hourdé avec un mélange de ciment faiblement dosé ou de terre, n’y a t il pas un risque de séchage de ce mortier de liaison des pierres ( entré dans le volume chauffé) qui pourrait provoquer des désordres et une atteinte à l’intégrité du mur.
    Merci pour vos articles très instructifs.
    Pascal

    • Bonjour Monsieur Grandet,
      Merci d’apprécier nos articles.
      Il n’y a pas de risque particulier à l’assèchement des mortiers de liaison entre les pierres d’un mur ancien, y compris en cas d’ITE.
      En effet, les bâtiments, y compris anciens, sont, après rénovation, incroyablement plus étanches qu’autrefois.
      Nous vivons donc dans ces maisons anciennes de façon beaucoup plus confinée qu’autrefois. Nous les exploitons certes en bon pères de famille comme le dit l’adage populaire, mais pères d famille d’aujourd’hui :
      – pendant des périodes et des durées beaucoup plus grandes (les occupants passaient 60% de leur temps à l’extérieur autrefois, maintenant c’est 70% à l’intérieur, chez soi majoritairement),
      – nous y chauffons beaucoup plus qu’autre fois, au bas mot 5 à 6° de plus,
      – douches quasi quotidiennes pour tous, parfois 2 par jour, eau de toilette très chaude,
      – cuisine dans des volumes beaucoup plus étanches,
      – nettoyage des sols beaucoup plus poussé qu’autrefois,
      – lessive en intérieur, séchage du linge parfois aussi à l’intérieur, repassage avec des centrales vapeur,
      … Bref, nous émettons des quantité phénoménales de vapeur d’eau quotidiennement dans nos maisons, à tel point que pour demeurer dans une humidité relative confortable (inférieure à 60%), beaucoup se sentent obligés de chauffer à des températures très, trop élevées (21, 22, 23° …).

      Ces températures élevées mettent les maisons en surpression, peu mais suffisamment pour qu’une migration de l’air s’installe de l’intérieur vers l’extérieur, ceci de façon permanente. Nos murs ne sont pas étanches et cet air migre donc au travers.
      Or cet air est très chaud et lors de sa migration, sa température va chuter et, par voie de conséquence, ses capacités hygroscopiques vont également chuter. Il va donc relâcher de l’eau dans le mur.

      Plus que le manque, c’est l’excès qu’il nous faut craindre, excès qui génèrerait des moisissures, champignons … et autres dégradations pour la bâti et risques sanitaires pour les occupants.

      Si l’isolant extérieur rapporté n’est pas perspirant, il y a même de gros risques que des désordres apparaissent.

      Le législateur, devant les pathologies signalées par l’AQC (agence qualité construction) a d’ailleurs imposé l’obligation d’un renouvellement d’air, entre autres pour ces raisons. Malheureusement encore trop de gens pensent que l’installation d’une VMC est superflue dans l’ancien …

  5. Mon dieu, c’est 100% intéressant (l’article comme les réponses aux commentaires). J’aime quand les choses ont du sens, quand on peut les expliquer, quand ça tient debout (valable aussi pour pour les murs). Je suis en train d’acheter une maison ancienne et se pose le problème de l’isolation, je suis encore pas mal dans le flou (surtout que j’aimerai n’isoler que l’étage pour garder les murs apparents mais que la maison est mitoyenne et donc ITE impossible) mais j’apprends de tonnes de choses, c’est vraiment chouette.

    • Bonjour Christophe CAILLOIX,
      Votre commentaire nous va droit au cœur et justifie, s’il en était besoin, que nous produisions ce travail. Merci à vous.
      Pour vous aider dans vos décisions, nous vous conseillons tous les articles de ce 1er semestre 2019 abordant le confort, ça représente une grosse masse de lecture, mais nous pensons que vous y trouverez encore quelques renseignements précieux !
      Nous aurons bientôt bouclé la boucle, si vous avec la possibilité d’attendre, ce sera fait fin aout.

      Si vous pouvez mettre quelque chose dans notre livre d’or, ce sera un plaisir partagé …

  6. bonjour
    Je suis novice mais je constate sur un mur intérieur d’une maison en Bretagne de l’humidité près de l’entrée où une grosse pierre de granit se pique également de tâche noir à l’extérieur. La maison a été à mon avis trop bien isolé sans ventilation . Est ce possible que des remontées capillaires se fassent à cet endroit? et comment y remédier car une double cloison fut faite tout le long du mur; faudrait il la défaire et mettre une aération basse.
    Félicitations pour vos informations qui ont du sens et demande réflexion pour ne pas intervenir de façon intempestive.
    Merci
    Cordialement

  7. Bonjour,
    Nous allons bientôt entamer le projet de rénovation de notre futur maison qui est entièrement en pierre de taille extérieurement mais également sur certains éléments de l’intérieur comme par exemple les cheminées dans les quatre chambres, le salon – salle à manger…
    Cependant, nous avons remarqués que certaines pierres extérieur avait été « restaurés » avec du béton au niveau de gond de volets surtout… et celui-ci se fend et est en train d’être « rejetté », normal vous me direz c’est de la pierre ça travail.
    Comment pouvons nous restaurer cela au mieux?
    Concernant l’isolation sur le plan intérieur il n’y a aucun soucis, ayant grandi en maison constituée en moellon je connais, mais dans le cas de figure stipulé juste ci-dessus c’est le flou le plus total?
    Vous remerciant par avance,
    Cordialement,

    • Bonjour,
      Le mieux dans le cas présenté serait, je pense, de purger les réservations initiales de scellement du mortier qui est entrain de fissurer.
      Il faut, ensuite, bien caler les volets en position fermée, ceci avec des coins en bois entre les volets eux-mêmes et l’embrasure.
      Ceci fait, il faut mettre le gond en place et le solidariser avec la penture en l’attachant avec du fil de fer de petite dimension. S’il y a du jeu, le rattraper dans un sens ou l’autre selon qu’il s’agit de la penture haute ou de la penture basse. Une fois ceci prévu, receler les gonds avec du mortier au ciment naturel (prompt) En effet, la chaux n’est pas compatible avec le fer, attention, temps ouvert très court !
      Si impossibilité de sceller au prompt, le faire avec une résine adaptée (dit scellement chimique). J’aime beaucoup moins mais, parfois, il faut faire des concessions (c’est de toute façon mieux que les chevilles à éclatement qui peuvent provoquer … l’éclatement des pierres)

  8. Excellent, comme tous vos articles. Une question me taraude et malheureusement PAS UN SEUL ARTISAN y compris ceux auto-qualifiés ‘de maçon du patrimoine’ ne semble préoccupé par l’impact sur les murs d’une dalle beton en rez-de-chaussée. Et si certains preconisent une dalle chaux-sable perspirante, ils n’hésitent pas à mettre un ‘beau’ Polyane hermetique en dessous ou un dallage en grès-cerame etanche sur le dessus transformanr à terme les murs en veritable papier buvard?
    Mais comment faire si l’on souhaite un sol à peu près isolé, voire beneficier du confort d’un plancher chauffant dans le bati ancien sans creer de désordre dans les murs?

    • Bonsoir Penitencier,
      Il est vrai que les professionnels sont encore largement influencés par des années de « lavage de cerveau », d’enseignement « déviant » et de prescriptions et ou conseils de technico-commerciaux très peu compétents ou, eux-même, mal formés ou informés !
      Nous espérons, avec Build-green, aider au changement de paradigme et au retour vers des pratiques vertueuses et respectueuses des occupants, le leurs habitat et de la planète.
      Je vais (votre serviteur, Claude lefrançois) proposer des cycles de formation des professionnels dont, là aussi, j’espère qu’ils aideront à de meilleures pratiques.

      En attend,dan et pour votre futur confort, vous pouvez tout simplement n’isoler que la périphérie du dallage (là où subsiste un risque de fuite de calories l’hiver, encore que l’épaisseur des murs peut suffire à limiter ou annuler ce risque).
      Nous vous vous conseillons la lecture de l’article suivant, dédié aux sols des maisons anciennes. Il y est expliqué comment faire autrement : https://www.build-green.fr/confort-nos-preconisations-pour-les-sols/

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