Le BIM : encore à l’état de maquette ?

Papy Claude

L’AQC a réalisé une étude sur les retours d’expériences durant 6 (depuis 2010) sur l’ensemble des acteurs qui ont participés aux différentes phases de l’élaboration de bâtiments de type BBC, RT 2012, de niveau passif ou en rénovation BBC.

Cette enquête vise à remonter les bonnes pratiques et les difficultés observées sur des opérations longues dans un processus BIM. Les retours de l’enquête portent sur les désordres « construction ». Les retours sur les logiciels (difficultés sur des logiciels particuliers, « astuces » dans la modélisation) ne seront que partiellement évoqués.

Le BIM

Rappelons ce qu’est le Le BIM (Building information modeling) : « c’est un processus de travail et de collaboration entre intevenants d’un projet de construction, reposant sur des outils métiers particuliers qui permettent la conception et l’exploitation d’une maquette numérique, préfigurant le bâtiment tel que construit et exploité. »

Les 12 enseignements tirés de ces retours d’expérience

Le choix de ces enseignements s’est fait en fonction de la récurrence des constats concernés au sein de l’échantillon, de leur gravité et de l’appréciation des spécialistes du sujet.

  1. Nécessité de précision et d’actualisation des données d’entrée numérisées
    La numérisation de l’existant nécessite toujours beaucoup d’attention. Le défi le plus important reste l’intégration des informations nouvelles non identifiées par le premier relevé du géomètre. Sans cette prise en compte, le concepteur est en possession de données
    d’entrées non fiables, sources potentielles d’erreurs engendrant des désordres.
  2. Des objets non modélisés
    Certains concepteurs travaillant sur la maquette numérique ne modélisent pas les informations et objets recus en 2D de la part des autres acteurs. Cette modélisation est considérée comme faisant partie du travail d’autrui. Au final, c’est pendant l’exécution que des désordres apparaissent alors qu’ils auraient pu être anticipés pendant Ia phase de conception si ces objets avaient été modélisés.Ces constats surviennent dans les cas où il y a une collaboration partielle des acteurs ou lorsque les inforrmations de tous les acteurs ne sont pas modélisées: les uns échangent en 2D, les autres en maquette numérique. L’intégration de tous les acteurs dans le processus BIM n1mplique pas l’usage de la maquette numérique par tous : elle implique que les informations en 2D soient modélisées en 3D en cas de besoin. Les intervenants peuvent ainsi confronter leurs actions dans le « même environnement ».
  3. L’évolution du niveau de détail suivant les étapes et les interfaces-ouvrages
    Sur plusieurs opérations, les concepteurs affirment qu’un niveau de détail trop fin est chronophage en phase de conception et que ce niveau de précision ne sera pas respecté en phase chantier. Il est donc nécessaire d’identifier les éléments devant être intégrés dans la
    maquette a minima.Un niveau de détail trop faible quant a lui, ne permet pas de détecter toutes les collisions majeures, bien que permettant une rapidité de modélisation. ll y a donc lieu de régler le curseur du niveau de détail à chaque étape du projet et pour chaque interface ouvrage.
  4. La détection de collision a améliorer pour être pertinent
    Les retours d’expériences sur la detection de collision font état d’une méconnaissance de l’outil ou alors d’un manque d’intérêt à cause de son inefficacité face au tri de l’information pertinente. Néanmoins ceux qui l’utilisent s’entendent pour dire que cette fonction reste à améliorer et qu’elle peut apporter beaucoup.La détection de collision reste un outil très efficace sur la prévention de désordres et la gestion des interfarces. Sur un projet, elle a permis de détecter des interférences entre les platines de la charpente et les supports béton.
  5. Difficulté de superposition des maquettes lors de la synthèse
    Ce probléme a été soulevé sur deux opérations. Dans les 2 cas, l’impact soulevé le plus important reste la gestion des informations erronées. Cette non-qualité existait déjà dans la 2D: les acteurs ne prenant pas le même point de référence se retrouvaient avec des décalages des plans. Dans le BIM. l’effet est amplifié par le fait que l’on est en 3D : les différences de distance peuvent survenir dans les trois dimensions. La solution semble être l’usage des points de topographie (géolocalisation), qui sont détectables automatiquement par les logiciels une fois connectés.
  6. La non-sensibilisation des acteurs au processus BIM
    II a pu être observé sur le terrain que le processus s’arrétait lors de la réalisation de l’opération et ce pour diverses raisons : manque d’intérêt ou difficultés rencontrées par les acteurs.
  7. Retard des modifications
    II a parfois été relevé que l’exécution démarrait avant la fin de toutes les modifications par la maîtrise d’œuvre pour éviter les pénalités de retard. Les entreprises préféraient ne pas mettre de réservations et faire un carottage plutôt que de faire une mauvaise réservation.
    Pour de meilleurs résultats avec le BIM, il faudra donc envisager de faire la synthèse des maquettes avec les principaux acteurs concernés (Maîtrise d’oeuvre + Entreprises) dans la phase de préparation de chantier.
  8. Erreurs détectées mais non corrigées
    Certaines erreurs peuvent étre remarquées et nofifiées aux acteurs concemés, qui auront la tache de les traiter. Sur cette opération, le fait que l’architecte ne collabore pas en BIM rend difficile la communication entre tous les acteurs. Les modifications y sont alors plus lentes.
    Toutes les malfaçons détectées grâce à la maquette numérique ne seront pas toujours traitées. Le rôle du BIM sera in fine de prévenir ces malfaçons mais les éviter dépendra toujours de l’efficacité des acteurs.
  9. Vérification de la cohérence des données reçues
    Méme s’il est vrai qu’une ressaisie d’informations est chronophage et crée un risque d’erreurs, elle est aussi un moment de vérification, de relecture des informations. Travailler directement avec des informations sans devoir ressaisir peut aussi être un risque de reprendre des erreurs faites par d’autres acteurs et les réutiliser.Ce constat en est un exemple et il est transposable sur toute autre erreur de renseignement d’objets (ex : un objet « poutre » modélisé avec le matériau « mur »). Une grande rigueur dans le renseignement des informations est donc indispensable pour éviter une systématisation de l’erreur dans le processus.
  10. Nécessité d’une charte BIM
    Les retours sur l’élaboration montrent que la modélisation est parfois inutilisable par les acteurs intervenant ensuite sur cette maquette.Ces retours montrent l’intérêt d’établir une charte BIM, de définir qui doit faire quoi, à quel niveau de détail, quand, en fonction des besoins de chaque acteur.
  11. Les objets BIM difficilement manipulables
    Les difficultés dans la création des familles d’objets BIM concernent aussi bien les créateurs de bibliothèques personnelles d’objets que ceux des bibliothèques de fabricants.
  12. Problèmes d’interopérabilité
    Le problème de reconnaissance de fichiers IFC a été très récurrent dans les retours observés, rapportant un manque d’interopérabilité entre les logiciels. L’impact va au-delà d’un simple problème graphique et peut devenir organisationnel : blocage des échanges et accroissement de la méfiance vis-à-vis du format IFC, en privilégiant le format natif. Cela donne une tendance a vouloir collaborer avec des acteurs ayant les mêmes logiciels.

 

« Nous pouvons constater que dans la majorité des cas, les désordres causés donnent lieu à un allongement des délais de conception. Il est important de souligner que dans l’état actuel des choses, le BIM ne fait pas toujours gagner du temps et respecter les délais : ceci peut s‘expliquer par le fait qu’on soit au début de l’intégration du BIM dans la chaîne de production du bâtiment. »

Autre bémol que nous pourrions ajouter : que penser également du BIM pour toutes ces solutions écologiques qui sont compliquées à normaliser, comme certains éco-matériaux et les matériaux recyclés ? Le BIM ne serait-il finalement réservé qu’aux solutions industrielles ?

Ajoutons que la problématique principale d’interopérabilité n’est pas prête de se résoudre, sachant que certains acteurs français se livrent actuellement à une bataille de clocher sur leur représentativité au sein du consortium BuildingSmart. Cette institution a pour mission fondamentale de « soutenir une amélioration qualitative, économique et environnementale de l’industrie de la construction via un meilleur partage de l’information, basé sur des normes internationales ouvertes ». Wait and See …

[Edit] Le Cinov se retire également de Mediaconstruct !

Plus d’infos sur l’étude REX dans notre médiathèque

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Pascal Faucompré
Editeur et Rédacteur de Build Green, votre média participatif sur l'habitat écologique et pertinent. Passionné par le sujet de l’éco-construction depuis 2010. Également éditeur et rédacteur sur d'autres sites dans l'habitat et Animateur de nombreux réseaux sociaux depuis 2011 et d'une revue sur : Scoop.it

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