Une maison en terre crue auto-construite qui a demandé beaucoup de sacrifices

Rochelle et Joel Payne de Beachlands, Auckland, en Nouvelle-Zélande respectivement étudiant au doctorat et ancien ingénieur aéronautique  sont un bon exemple de persévérance. Ironiquement, ils avaient été refusés pour l’émission néozélandaise Grand Designs, il y a quelques années, mais il ne fait aucun doute que leur projet pionnier aurait été dans l’air du temps.

En 2017, la famille creusait les fondations d’une maison en terre battue, qu’elle construisit elle-même. Mais ce qui est encore plus remarquable, c’est qu’ils entreprennent le Living Building Challenge. Non seulement la maison sera hautement isolée selon les normes certifiées de la maison passive, mais elle produira également sa propre énergie. De plus, aucun rejet d’eaux usées ou d’égouts ne sera exporté du site, ce qui signifie que tout doit être évacué sur place, dans une section suburbaine.

Leur construction comprend un logement attenant, et la famille de quatre personnes a emménagé dans le logement semi-complet d’une chambre à coucher en février. Et c’est ici que le sacrifice commence. Ce n’est que récemment qu’ils ont installé un système d’eau chaude. Les deux parents et les enfants dont Isabella, 7 ans, et Nicholas, 5 ans se sont débrouillés sans eau chaude tout l’hiver.

2- Passive House par Rochelle-Joel - Auckland, Nouvelle-Zélande © Abigail Dougherty

Les enfants dorment dans le petit salon, et Rochelle Payne explique qu’il n’y avait même pas de cuisine dans le logement lorsqu’ils ont emménagé pour économiser sur le loyer. Mais vivre sur un chantier de construction est devenu un mode de vie, et la famille a créé un joli jardin et un coin salon extérieur où ils peuvent se détendre quand le désordre devient trop grand.

Il y eu d’innombrables retards dans le projet, alors qu’ils espéraient terminer en quelques années. Parfois, Joel a été engagé pour construire des murs en terre battue pour d’autres personnes, et l’argent fut bienvenu.

L’aspect le plus difficile de la construction a été de répondre aux exigences de la Liste rouge du Living Building Challenge. Craig Jarvis de Taylors Mistake in Christchurch, qui figurait récemment sur Grand Designs NZ, a également trouvé cela presque impossible et a choisi d’abandonner la certification, mais tout en appliquant plutôt la philosophie. Les fabricants n’énumèrent presque jamais tous les produits chimiques qui entrent dans la composition d’un produit.

9- Passive House par Rochelle-Joel - Auckland, Nouvelle-Zélande © Abigail Dougherty

« Tout ce qui entre dans la construction doit être conforme », dit Rochelle, dont le sujet de doctorat est la performance écologique des bâtiments ». Toutefois, c’est si difficile. Par exemple, le couple souhaitait que la cuisine soit équipée d’un dosseret en verre décoratif, mais il a fallu quatre mois pour vérifier que les encres étaient conformes. C’est interminable.

Par conséquent, la cuisine de l’unité est meublée d’armoires plus classiques. Les appareils ont également été trouvés sur un site dédié, de même que les prises de courant et les disjoncteurs. Et le bois de charpente a été recyclé à partir de bennes.

Le laminé lamellé-collé utilisé pour les murs de l’unité a servi de coffrage pour certains des murs. Le motif est inversé, créant un lien visuel fort avec l’aménagement paysager. Les pavés provenaient d’une benne, même le bois des soffites est recyclé.

5- Passive House par Rochelle-Joel - Auckland, Nouvelle-Zélande © Abigail Dougherty

« C’est un meilleur résultat environnemental », dit Rochelle. « C’est beaucoup plus durable qu’une maison neuve et tout est conforme à la Liste rouge. Je pense que cela mène à une meilleure maison – tout a une histoire, même la robinetterie ».

Vivre dans une maison en terre battue, c’est un peu comme être dans un bunker. Les murs à double paroi ont une épaisseur de 600 mm et sont aussi résistants que le béton. Ils sont construits à l’aide d’un système SIREWALL (Structural Insulated Rammed Earth), qui est essentiellement un système de banchage structurel en terre battue, avec isolation par le centre.

6- Passive House par Rochelle-Joel - Auckland, Nouvelle-Zélande © Abigail Dougherty

Différents oxydes qui créent plusieurs nuances de rose et de brun offrent un effet rayé. Et Joel dit que la méthode de construction n’est pas difficile, même s’il est clair que la pratique le rend parfait. « N’importe qui peut faire de la terre battue. Si vous savez faire un gâteau, vous pouvez fabriquer des murs en terre battue. C’est juste suivre des formules et des mélanges, expérimenter et faire».

Actuellement, le couple est en train de compléter le garage à côté de l’unité, qui aura deux étages. Les murs de la maison principale à deux niveaux seront le prochain projet. Éventuellement, la maison aura un toit vert (végétalisé). L’eau de pluie est déjà recueillie et stockée dans des réservoirs souterrains, et le jardin est maintenant prêt à recevoir les eaux grises. La famille dispose d’une toilette à compostage dans l’unité.

7- Passive House par Rochelle-Joel - Auckland, Nouvelle-Zélande © Abigail Dougherty

Rochelle précise tout de même que « le conseil municipal nous oblige à nous raccorder à son réseau d’égout, mais cela ne veut pas dire que nous devons l’utiliser ». Cependant, la plomberie a été mise en place au cas où un futur propriétaire préférerait rester connecté. Non pas que le couple ait l’intention de vendre leur maison. Mais ils ont hâte d’en faire plus au cours de l’été.

Une fois achevée, leur maison de 340 m2, conçue par l’architecte Phil Smith de Collingridge and Smith Architects, comportera également des fenêtres à triple vitrage avec des cadres à rupture thermique, des panneaux photovoltaïques qui produiront toute l’énergie de la maison et d’autres caractéristiques spéciales, comme des points de charge pour voitures électriques.

Crédit Photos : © Abigail Dougherty

Notre avis : construire alternatif et surtout écologique avec des matériaux géosourcés n’est pas une opération des plus accessible. Le cas de ces auto-constructeurs néo-zélandais est significatif, surtout que leur objectif était de respecter un label de construction écologique. En France, on peut également se retrouver confronter aux mêmes contraintes. Des labels loin d’être pertinents au niveau écologique;  le bon sens de nos aïeux et les compétences d’associations et d’artisans locaux sont souvent préférables aux exigences d’ingénieurs peu connectés avec la réalité du terrain !

(Source)

Christian
Rédacteur Build Green, passionné par l'architecture et plus précisément les habitats écologiques et alternatifs. Je plaide pour une utilisation des énergies renouvelables, des matériaux recyclés et pour un habitat respectueux de l'environnement.

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