Financer un écolieu ou un habitat participatif en crowdfunding

Depuis la crise sanitaire du coronavirus (Covid19) et avec le développement du télétravail, de plus en plus de citadins rêvent d’évasion à la campagne ou en bord de mer. Et l’écolieu ou l’habitat groupé est une solution alternative pour partager (entre amis ou en famille) l’investissement, les lieux, la vie sociale.

 

Il existe diverses possibilités de trouver des financements pour votre projet d’écolieu, d’éco-hameau, d’habitat groupé ou participatif. Dans ce dossier, nous allons nous concentrer sur une solution de plus en plus répandue chez les entrepreneurs : le financement participatif.

Quels sont les types de financement participatif ?

Le don avec contrepartie (crowdfunding)

Solution la plus courante, avec l’échange de dons, vous offrez à vos contributeurs des contreparties en lien avec votre projet. Vous pouvez varier les contreparties pour coller à tous les budgets et générer des codes avantages pour offrir un avantage particulier à certains membres de votre communauté.

Cette solution offre l’intérêt de commencer à décaisser les fonds collectés dès que vous avez atteint l’objectif de 100 %, en autant de fois que vous le souhaitez.

La prévente ou le préachat (autre type de crowdfunding)

Elle est recommandée pour les lancements de produits ou services ou pour tester des prototypes. Cela peut être pratique pour gérer la prévente de formations.

Pour réussir votre collecte, vous devrez prévendre un nombre d’articles prédéfini dans un temps imparti que vous fixez (généralement 60 jours max.). Ce mode de collecte vous permet donc de proposer des objets ou services à l’unité.

Le don libre (autre type de crowdfunding)

C’est la technique la plus difficile pour convaincre les investisseurs. Pour réussir votre collecte, vous devez atteindre votre objectif financier dans un temps imparti que vous fixez vous-même (60 jours maximum généralement). Ici, vous collectez des fonds sans proposer de contreparties. Vos contributeurs soutiennent votre projet en vous faisant un don, avec un seul objectif : que votre projet voit le jour.

Le prêt participatif (crowdlending)

Avec ce type de financement, les porteurs de projet ont recours au prêt participatif, aussi appelé crowdlending. Il permet de prêter simplement une petite somme, souvent à partir de 20 euros, et de rembourser, selon un échéancier déterminé à l’avance, le prêt avec intérêt.

Le financement en capital (crowdequity)

C’est la formule la plus usitée. Lors d’un financement en capital, ou crowdequity, l’investisseur place une somme dans le capital de l’entreprise – en général, un minimum de 100 euros soit en actions, soit en obligations. Il devient ainsi actionnaire de l’entreprise et peut participer aux assemblées générales de celle-ci, à l’image d’un actionnaire en Bourse.

Pour apporter une valeur plus sociale au projet, la tendance est d’ouvrir son capital à hauteur de 1 voix par actionnaire. Les salariés ayant le statut d’associé sont obligatoirement associés majoritaires de la société. Il possèdent donc au minimum 51 % du capital social. L’entreprise prend alors la forme d’une société coopérative soit en société anonyme (SA), société à responsabilité limitée (SARL) ou société par actions simplifiée (SAS).

L’investissement en royalties

Financement alternatif, lors de l’amorçage de l’entreprise en augmentant vos fonds propres en versant tous les trimestres un pourcentage de votre chiffre d’affaires à vos investisseurs. Il est possible de choisir ses investisseurs ou d’élargir à toute personne dans un délai plus ou moins long (de 1 à 4 mois).

Le gros avantage est qu’il n’y a pas de frais juridiques, ni de pacte d’associé ou de valorisation à négocier.

Comment reconnaître les plateformes à valeurs éthiques ?

Être écolo dans l’âme ne veut pas dire consommer plus, mais mieux voire moins. Ce qu’on appelle la sobriété (à ne pas confondre avec la décroissance !).

Or, on trouve beaucoup de projets qu’on pourrait qualifier de greenwashing sur ces plateformes de crowdfunding dites “éthiques”. Que ce soit dans l’habillement, la décoration ou de tels ou tels produits recyclés, on peut s’interroger sur l’intérêt de ces projets !

Soyez prudent sur le choix de la plateforme. Elle doit clairement présenter une charte éthique explicite avec des engagements fermes sur la sélection des projets et les techniques financières utilisées.

N’hésitez pas à aller visiter les plateformes de crowdfunding et à analyser les campagnes éco-responsables réussies pour appréhender l’intérêt éthique de ces projets.

 

Quelles plateformes éthiques et responsables pour mon projet ?

Il existe plus d’une centaine de plateformes de crowdfunding en France. Faire le choix n’est pas simple. En voici une sélection, selon leurs particularités et types de financement :

  • Zeste (crowdfunding) est la plateforme de financement participatif dédiée aux projets de la transition écologique et solidaire. Elle est portée par la Nef, coopérative financière pionnière de la finance éthique en France ;
  • Solylend (crowdlending) est une plateforme (bordelaise) de financement participatif par le prêt rémunéré pour des projets à impact social ou environnemental positif ;
  • Bluebees (crowdfunding) s’intéresse aux activités qui vont du champ à l’assiette, donc orientée agriculture, alimentation, éducation et ruralité via des prêts et dons participatifs, pour une économie respectueuse de l’homme et de la nature ;
  • Dartagnans (don avec ou sans contrepartie) est une plateforme de financement participatif spécialisée dans la préservation et le développement du patrimoine et de la culture ;
  • MyMoneyHelp (don avec ou sans contrepartie) plateforme 100% bénévole sous statut associatif à but non lucratif, propose de collecter des dons pour financer les projets de l’économie sociale et solidaire et du social business, sans commission ;
  • Miimosa (crowdlending et don avec contrepartie) est la plateforme dédiée au maraîchage, la viticulture, l’élevage, l’apiculture, la brasserie, les énergies renouvelables : “l’agriculture et l’alimentation de demain” ;
  • Agrilend (crowdlending) : plateforme de financement participatif par le prêt dédiée à l’univers agricole. Elle propose un crédit participatif dont les caractéristiques sont adaptées à ses besoins, sans garantie ni caution. Peu d’éthique, mais beaucoup de projets bio ;
  • WiSEED (crowdfunding) a pris l’engagement fort de se positionner comme « société à mission » au service de l’économie de la vie, en conciliant rentabilité financière et valeur sociétale ;
  • Lita (crowdfunding) est orientée vers l’innovation à fort impact positif sur notre société et/ou notre planète, pour donner du sens à son argent, investir dans des entreprises durables et contribuer au monde de demain. Elle s’est également spécialisée dans l‘immobilier durable et social ;
  • Wedogood (royalties) vous permet d’investir en échange de royalties sur les projets de votre choix et avoir des impacts positifs économiques, sociaux, et environnementaux. Ce n’est pas un investissement en capital, l’entrepreneur garde le contrôle ;
  • Ekosea (crowdfunding) est une plateforme exclusivement dédiée au monde maritime et à l’écologie. Les donateurs peuvent choisir le montant de leurs dons. En échange de leurs dons, les porteurs de projets offriront des contreparties en nature.
  • KissKissBankBank (crowdfunding, don avec ou sans contrepartie), même si la plateforme se targue d’avoir des valeurs éthiques et sociales, les projets portés ont peu de vocation écologique. Toutefois, l’intérêt de cette plateforme est sa notoriété (créée en 2009) et sa large offre de financements ;
  • Tudigo (crowdfunding, crowdlending, don avec ou sans contrepartie) : là aussi un peu d’éthique (favorise le made in France) et peu d’écologie mais une large possibilité de financements ;
  • Ulule (don avec contrepartie) permet le financement de projets créatifs, innovants ou solidaires grâce à la participation des internautes. La plateforme s’adresse aux entreprises ayant un impact positif sur la société et l’environnement.

 

Focus sur une plateforme en cours de création dont la vocation première semble bien correspondre à votre recherche :  Terres Fermes, une plateforme numérique pour “co-construire des fermes régénératives, lieux hybrides, circulaires et citoyens” mais, a priori, seulement en Ile de France.

A suivre…

Une solution alternative est d’inciter les collectivités locales à s’impliquer dans votre projet en passant par cette plateforme de co-financement public-privée :

  • Collectivity (crowdlending et don avec ou sans contrepartie): plateforme de référence pour la co-construction citoyenne et le financement participatif de projets de développement des territoires. Elle fédère services publics, habitants et entreprises afin de mettre en œuvre des projets sociaux et environnementaux impactants.

 

A noter aussi l’action de l’association Terre de Liens avec sa Fondation qui achète des terres qui risquent de perdre leur usage agricole et garantit sur ces terres des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement à très long terme.

Et pour ceux qui ne souhaiteraient pas faire un appel aux dons sans contrepartie auprès de son réseau personnel (amis, famille), la plateforme Leetchi est un incontournable.

Pensez aux plateformes régionales à plus fortes valeurs sociales

Saviez-vous que beaucoup de régions ont créé leur propre plateforme de financement participatif pour permettre le développement d’activités économiques locales ? Elles sont généralement ouvertes au crowdfunding et malheureusement pas toujours dédiées à des projets écologiques. Par contre, elles contribuent pleinement à la croissance de l’emploi local !

 

Voici quelques unes des plateformes en place selon les régions :

Et les plateformes pour associations ?

Votre projet peut aussi être porté par une association. Et dans ce cadre, il existe quelques plateformes dont certaines sont déjà nommées ci-dessus comme KissKissBankBank, Lita ou Ulule (via Okpal) :

  • Arizuka est un site de crowdfunding dédié à la solidarité, à l’innovation sociale et au développement durable ;
  • Commeon est une plateforme dédiée au mécénat participatif qui engage également les entreprises dans les projets ;
  • Helloasso est la solution gratuite de référence des associations pour recevoir des dons sur Internet ;
  • Les Petites Pierres est la plateforme de crowdfunding dédiée à l’habitat solidaire et aux associations ;
  • Wawa est la plateforme de crowdfunding calédonienne dédiée aux associations (don avec ou sans contrepartie) ;
  • Les co-citoyens est une association qui a pour but de soutenir les initiatives citoyennes locales pour construire des villes durables et inclusives !

 

Pensez également à étudier les aides offertes par les fonds de dotation et fondations d’entreprises dans le cadre de projet écologique et solidaire. Nous ferons un article à ce sujet prochainement…

Une alternative éthique : le micro-crédit ?

Le microcrédit consiste en l’attribution de prêts de faible montant à des entrepreneurs ou à des artisans qui ne peuvent pas accéder aux prêts bancaires classiques. Généralement dévolue aux projets dans des pays en développement, on peut aussi trouver cette solution en France :

  • L’Adie propose aux travailleurs indépendants, micro-entrepreneurs, un financement maximum de 10 000€ qui pourra notamment permettre d’acheter du matériel ou du stock, garanti par une personne de son entourage à hauteur de 50% du montant emprunté ;
  • La Nef, la banque coopérative pour un financement compris entre 15 000 et 30 000 euros d’une micro-entreprise ayant une utilité écologique, sociale ou culturelle ;
  • Babyloan est une plateforme qui permet au grand public de prêter de l’argent à des micro-entrepreneurs aux quatre coins du monde (dont la France) ;
  • Le Fonds éthique Emmaüs (FEE) a pour vocation de « rendre utiles » les réserves financières des groupes Emmaüs et sert de garantie à des prêts accordés par Banca Etica pour des projets d’économie solidaire d’organisations locales Emmaüs ou d’associations partageant les mêmes valeurs.

Que valent les plateformes dédiées à l’immobilier ?

Le crowdfunding immobilier est complémentaire à un financement bancaire, pour son promoteur. Cela veut dire qu’un projet de crowdfunding immobilier consiste généralement à financer l’apport personnel du promoteur. Apport qui sera complété avec un prêt bancaire. Un projet de crowdfunding immobilier propose de souscrire à des obligations. Comme pour un prêt, vous avez une mise de départ puis un échéancier qui détaille vos remboursements. Il s’agit donc plus de prêts participatifs (crowdlending) que de crowdfunding.

Des plateformes spécialisées en immobilier comme Anaxago, Clubfunding, Dividom, FundImmo, Koregraf, Homunity, La Première Brique, Lymo, MONEGO, MY CAPITAL IMMO, Seed and collect, Sparklending, Walliance ou WeeXimmo vous promettent ainsi des rendements de 8 à 12 %, attirant les épargnants pour financer des projets de rénovation ou de construction – essentiellement des promoteurs – en France métropolitaine et dans les territoires d’Outre-mer.

 

Malheureusement aucune de ces plateformes n’a une vocation éthique. Aucune info sur le caractère écologique des projets de construction et encore moins de rénovations performantes au niveau énergétique. Rien ne vous empêche de tenter le coup, sachant que ces plateformes attirent beaucoup d’investisseurs en mal de placement rentable ou de défiscalisation …

Soyez prudent avec ces plateformes en vérifiant que celles-ci sont bien immatriculées à l’Orias, l’organisme pour le registre unique des intermédiaires en assurance, banque et finance. C’est obligatoire si la plateforme exerce légalement.

 

Le crowdfunding est une solution efficace pour récolter des fonds dans un projet éco-friendly et pour le faire connaître auprès d’un public d’intéressés. Mais quel que soit ce projet, être transparent est indispensable. Bien le détailler clairement est un bon moyen de gagner la confiance des contributeurs. Détaillez votre budget et comment vous allez le dépenser mais aussi et surtout parlez de l’environnement social et économique, des opportunités de développement, d’un rétroplanning de conception de la répartition des parts en détail ! Et pour fidéliser les investisseurs, écrivez étape par étape comment votre projet évolue. Il ne doit rester aucune zone d’ombre qui peut freiner le contributeur.

Enfin, je souhaite souligner qu’il est regrettable de constater que beaucoup de plateformes ne sont pas très transparentes sur leurs types de financements. Il a fallu souvent chercher longuement sur leur site web avant de trouver quel type de crowdfunding est proposé !

 

N’hésitez pas à proposer d’autres plateformes en commentaires en indiquant son type de financement participatif…

Crédit Photos : StockSnap, Pexels, Geralt Artmann, PhotoMIX-Company, Nature Design et Mohamed Hassan de Pixabay

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Pascal Faucompré
Editeur et Rédacteur en chef de Build Green, le média participatif sur l'habitat écologique et pertinent. Passionné par le sujet de l’éco-construction depuis 2010. Également animateur de nombreux réseaux sociaux depuis 2011 et d'une revue de web sur : Scoop.it

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