Innovation : panneau chanvre Copano et paille hachée Ielo, des isolants biosourcés en fibre végétale

Quand on connaît les avantages indéniables des isolants biosourcés, on ne peut que se féliciter de voir apparaître de nouveaux produits en la matière. Ces 2 exemples montrent qu’on peut aussi innover dans un secteur en devenir : la paille hachée Ielo et la fibre de chanvre Copano .

Ces dix dernières années ont été particulièrement fructueuses dans les matériaux isolants biosourcés. C’est le cas notamment dans le chanvre avec des produits structurels en bloc de chanvre comme Chanvribloc ou Isohemp, un isolant à base de chènevotte comme Chanvribat ou Jet’Fib et toute la gamme Biofib.

Plus récemment, un nouveau venu de Belgique, Gramitherm nous propose un isolant à base d’herbe aux performances redoutables.

Et la paille n’est pas en reste, car sa filière se structure et des acteurs nous proposent désormais des bottes au format plus adapté, comme Isol’en Paille. D’autres acteurs vont plus loin désormais en commercialisant une solution constructive hors site en ossature bois isolée en paille.

La paille pourra désormais s’insuffler en comble

Un hangar abrite actuellement à Bonneuil-Matours (FR-86) de la paille prête à être hachée à partir d’octobre 2022, pour être soufflée dans les combles de nos maisons et autres bâtiments. Une société coopérative (Scic) baptisée Ielo, va lancer sur le site industriel de l’ancienne SCA Wood, détruite en 2018 par un incendie, la première unité en France de production de paille hachée, largement soutenu par la coopérative céréalière de la Tricherie. C’est dans la tête d’un des quinze associés de la SCIC, Nicolas Rabuel, jeune agriculteur limousin, sensibilisé à la question environnementale qu’a germé l’idée de cet isolant.

Après avoir voyagé aux quatre coins de la planète, d’Allemagne en Australie en passant par l’Argentine, l’Espagne et le Portugal, c’est en Inde que l’idée lui est venu après avoir encadré un projet d’éco-village. Il s’est ensuite formé comme chargé de projet en écoconstruction à l’Asder de Chambéry, puis a suivi un stage de quatre mois dans une agence d’architectes limougeaude très branchée sur la construction en matériaux durables. Nicolas Rabuel se rapproche alors du pôle écoconstruction du Limousin puis du cluster Odéys de Nouvelle-Aquitaine, soutenu par la Région, où on le charge de structurer la filière « construction paille ». Une rencontre fortuite avec Alain Bergeon, le président de la coopérative de la Tricherie (et désormais également président d’Ielo) s’avère déterminante. La coopérative comprend vite tout l’intérêt pour ses agriculteurs de valoriser leur paille.

Photo Ielo

Photo Ielo

Mais pour développer son produit, aussi facile à injecter que de la laine de verre ou n’importe quelle fibre naturelle, il a décidé de fédérer tout une filière autour de la SCIC Ielo avec agriculteurs, des architectes, des bureaux d’études, des constructeurs.

Deux projets pilotes, utilisant de la paille hachée ailleurs sont en cours de réalisation : la restructuration du restaurant universitaire Champlain à Poitiers et la construction de la Maison de l’habitat à Périgueux. Ainsi, la société Brin d’Or de Bonneuil-Matours, filiale de la Coopérative de la Tricherie, sera en mesure de fournir mi-2023 sa propre paille hachée afin d’obtenir les avis techniques indispensables pour un passage à la phase industrielle.

Le panneau de paille s’affranchit des parements

Raphaël DECLE, porteur du projet Copano, est architecte de métier, et s’est formé à la construction bois, terre et paille au cours de différents projets et chantiers d’habitat individuel ou collectif. Il s’est lancé dans cette aventure, pour développer la construction paille et proposer de nouvelles solutions en éco construction, et rénovation énergétique. Pour ce projet d’ingénierie mécanique, il a fait appel à de nouvelles compétences, pour expérimenter et prototyper en atelier une machine fonctionnelle et reproductible sur le territoire.
source Copano

source Copano

Le procédé de fabrication se fait par couture, sans colle ni additif. Même le fil peut être en chanvre ou en lin, pour un panneau 100% biosourcé. La machine à coudre nécessaire au projet est à la base conçue pour fabriquer des tatamis. Elle consomme peu d’électricité, et est relativement simple à entretenir et réparer. Le panneau de paille se rapproche des habitudes constructives traditionnelles bois et terre: plat et facile à découper, il permet de s’affranchir les panneaux industriels type OSB et Placo-plâtre, dont les prix se sont envolés les derniers temps!
Le chanvre a été choisi parce que sa fibre est très chargée en silice, et constitue un répulsif naturel contre les nuisibles (insectes, champignons et rongeurs. Elle est parmi les fibres végétales les plus résistantes et durables utilisées en construction, et cumule tous les atouts de la botte de paille.

 

source Copano

source Copano

Cette paille sera acheminée et transformé dans une fabrique à taille humaine, dans l’esprit de l’économie sociale et solidaire. Les panneaux pourront être réalisés sur mesure, en fonction des différents chantiers, et en concertation avec les architectes et les équipes de construction du territoire. Dans une démarche solidaire, la machine sera régulièrement mise à disposition d’association et d’auto-constructeurs qui souhaiteraient réaliser leurs propres panneaux, lors de chantiers collectifs encadrés.

Les partenaires du projet, l’association Chanvre et Paysan et Terra chanvre produisent localement du chanvre biologique, cultivé dans le respect des sols et du vivant. Raphaël réalise actuellement une collecte de fonds en crowdfunding pour acquérir une machine à panneau, et organiser une phase d’expérimentation mécanique, avec ingénieurs et mécanicien en vue de l’adapter à la paille de chanvre, dont les longues fibres nécessitent une attention particulière.
Si la collecte le permet (et c’est en bonne voie à cette date), il sera alors envisagé de travailler sur un prototype de machine mobile, qui puisse se déplacer directement chez les paysans du territoire, ou au plus proche des chantiers de construction.

 

Comme vous le voyez, l’innovation dans le bâtiment peut être aussi vertueuse avec des solutions à base de matériaux naturels, biosourcés localement. Reste maintenant à ces 2 porteurs de projets d’aboutir et de trouver la voie de la rentabilité, dans une cohérence sociale et environnementale !
(sources 1 & 2)
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Pascal Faucompré
Editeur et Rédacteur en chef de Build Green, le média participatif sur l'habitat écologique et pertinent. Passionné par le sujet de l’éco-construction depuis 2010. Également animateur de nombreux réseaux sociaux depuis 2011 et d'une revue de web sur : Scoop.it

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