Vivre à la campagne : peut-on se passer de la ville ?

Certains des lecteurs assidus de Build Green le savent, je vis à la campagne depuis presque toujours (plus de 40 ans) et ces dernières années, il m’arrive assez peu souvent de me rendre en agglomération. Or, suite à quelques échanges ici ou sur les réseaux sociaux, j’ai constaté qu’il y avait beaucoup d’a priori sur la vie loin de la ville. Je vais donc essayer de casser ici quelques mythes et d’expliquer ci-dessous qu’au 21ème siècle il est possible de se passer des commodités urbaines tout en vivant dans un grand confort. Tout ceci est basé sur mon expérience personnelle et doit donc être relativisé en fonction des régions, et même plus précisément, des collectivités dans lesquelles on se trouve.

Le contexte 

Je précise ici quelques éléments afin d’éviter de tomber dans les clichés ou certaines incompréhensions. Je suis né près de Paris, mon père est né à Paris mais je n’y ai vécu que quelques mois à ma naissance entre 1971 et 1973. Mes parents ont fait le choix très jeunes de fuir la capitale, où mon père avait eu de gros problèmes respiratoires dans sa jeunesse. Ce qui l’avait d’ailleurs conduit à s’expatrier dans une ferme pour terminer sa scolarité. Et depuis cette période, je n’ai quasiment vécu qu’à la campagne. Attention, ce n’est pas la campagne profonde au milieu des vaches ou des forêts, c’est la vallée de la Loire, en Anjou, plus précisément entre Authion, Loire et Aubance, au cœur de cultures maraîchères et viticoles avec une population relativement dense et de grands axes routiers. J’y suis arrivé fin des années soixante-dix après avoir vadrouillé entre Sarthe, Loire et Cher et Lot et Garonne. En parallèle de ça, ma famille se partageait entre Basse Normandie, région parisienne et Aquitaine. J’ai donc beaucoup voyagé à travers la France dans ma petite jeunesse. A quinze ans, j’ai rejoint un gros lycée angevin (à l’échelle du collège de 500 élèves d’où j’arrivais) où j’y ai croisé beaucoup de cultures différentes. Puis après une furtive année à la Fac, j’ai retrouvé un lycée à taille humaine pour y finir mes études supérieures. J’ai ensuite réalisé mon service militaire au cœur de la Champagne avant de créer ma première entreprise en 1996, en ville ! J’ai donc passé quelques années à Angers (sans jamais y habiter) et régulièrement fait des trajets sur Paris et le reste du pays pour le travail ou la famille. Enfin, depuis 25 ans j’ai passé quasiment toutes mes vacances dans toute la France et fait quelques escapades en Europe (Pays Bas, Belgique, Espagne) mais jamais pris d’avion ni de paquebot (essentiellement pour des raisons écologiques).  

Par ailleurs, dans le cadre de mon travail, j’ai été en relation avec de nombreux pays : USA, Japon, Lituanie, Lettonie, Maroc, Turquie, Cameroun et beaucoup Madagascar. 

Difficile donc de me qualifier d’ours de la montagne qui n’a jamais rien connu d’autre chose que sa tanière au fond des bois ! Par contre, on peut me targuer d’assez bien connaître la France, pour l’avoir traversé en long, en large et en travers, sauf la montagne en hiver.

Je vis aujourd’hui avec ma compagne et mes deux filles (dont une étudiante à Rennes) dans une petite maison de 85m² sur 2 niveaux, avec un bureau (aux matériaux biosourcés) réalisé dans un petit jardin, située dans un village de 1 500 âmes, à moins de 20 minutes de la gare d’Angers (FR-49) où les seules commodités sont les cars scolaire et départementaux, une boulangerie, un bar, une guinguette, une boutique cadeau, des artisans (tout corps de métier), un médecin, 2 infirmières, une psychologue et 3 kinés ! Petite ville intégrée à une commune nouvelle de 10 000 habitants (regroupant 10 communes) et à une intercommunalité de 17 communes (près de 20 000 villageois). Précisions qui ont leur importance dans l’argumentation qui va suivre. Je précise enfin que je suis négociateur immobilier dans mon secteur depuis 3 ans. Ce qui me donne aussi une certaine légitimité dans la connaissance démographique, économique, sociale et immobilière de ma région.

Le logement

maison en pierre typique angevineAngers est une des villes françaises qui a vu la plus grosse augmentation du coût de l’immobilier entre 2019 et fin 2020 (+25%). Ce qui a eu une répercussion sur la 1ère et la 2ème couronne, dans laquelle je me trouve. Le prix du mètre carré y est donc assez élevé : environ 2 000€ du m² en 2ème couronne (Sud Loire). 

C’est moins cher que la plupart des périphéries des grandes agglomérations mais pour des primo-accédants, smicards, difficile de trouver leur bonheur. Beaucoup de biens ayant déjà été rénovés dans ce secteur, il devient compliqué d’acquérir une maison dans des budgets inférieurs à 250 000€.

Il est possible de trouver une maison en location (HLM ou privé) ou plus rarement un appartement dans le secteur à des prix raisonnables. Mais là aussi le boom de l’immobilier a fait des ravages.

Il n’en reste pas moins que je vis dans une maison, certes modeste, dans un petit village très tranquille, non loin d’une grande ville, où il est possible de faire plusieurs kilomètres à pied entre bois, vignes et campagnes (avec des vues splendides) le tout dans un rayon de moins d’un kilomètre (confinement obligeait !) en croisant peu de monde, si ce n’est quelques lapins, chevaux ou chevreuils ! Les promenades en cheval, vélo ou VTT y sont aussi très agréables, tout au long de la Loire, par exemple.

A savoir : acheter à la campagne ne veut pas forcément dire faire une bonne affaire. 

L’idéal est de pouvoir acheter un bien à rénover avec des travaux de 1er et 2nd œuvre. A éviter, sur les maisons anciennes, les murs et charpentes pourries ou les toitures amiantées. Plus vous serez proche d’une grande agglomération, plus il sera difficile de trouver ce type de bien. 

Par contre, vous allez trouver sur le marché dans les années à venir de nombreux pavillons des années 1970 et 80, à l’efficacité énergétique contestable (DPE E à G), à la distribution des pièces peu souvent idéale, mais avec de belles surfaces de terrain. La côte de ces maisons peut avoir injustement explosé selon les secteurs.

Le travail

Le marché du travail s’est radicalement transformé ces 30 dernières années et a vu fondre sa frange industrielle de façon exponentielle dans de nombreuses régions. Le Maine et Loire a aussi été impacté, mais dans une moindre mesure. Il n’en demeure pas moins qu’une grande part des emplois est désormais cantonnée au secteur tertiaire. Ce qui permet à certains de pouvoir télétravailler !

Ici, les emplois sont soit agricoles (dans les vignes) soit en collectivité et une petite part en industrie ou en distribution. On recherche beaucoup de main d’œuvre dans les services à la personne, chez les artisans (du bâtiment et alimentaire) et dans la distribution. 

A savoir : il est vrai qu’il y a moins besoin d’emplois de Bac + 5 à la campagne, à part, nous le verrons plus, pour les métiers de la santé, très demandés. On y recherche toutefois plus de manuels. Mais pour les entrepreneurs dans l’âme, il ne manque pas d’opportunités : artisanat du bâtiment ou de l’alimentaire, services à la personne, restauration, garage, … Et il n’est pas toujours utile d’avoir une vitrine, le service à domicile est très prisé. L’agriculture biologique est aussi très demandée.  On y travaille beaucoup plus en réseau, en mutualisant les locaux, le personnel ou le matériel. Plutôt que chercher à innover, il est préférable de s’inspirer des pratiques (et métiers) parfois ancestrales !

Les transports

Pour beaucoup de citadins, habiter à la campagne est synonyme de voiture ! Et qui dit voiture, dit parking, entretien, pollution. C’est un peu vrai, mais c’est aussi synonyme de liberté. Avoir le plaisir de partir quand on veut où on veut ! Par ailleurs, la voiture étant souvent indispensable, elle roule sur de plus grandes distances, et donc consomme beaucoup moins qu’un véhicule urbain (en moyenne) et son entretien y est plus régulier (en majorité). On a appris aussi à optimiser nos déplacements. La pratique du covoiturage est très courante pour ceux qui travaillent en ville, et on est de gros adeptes du drive ou de l’achat par internet. Dans ma région, le car scolaire emmène nos enfants au collège et des lignes régulières au lycée ou en ville. Certaines villes sont desservies par le train, et toute la première couronne d’Angers par le bus et le tramway, avec des parkings en bout de ligne un peu partout.

Des compagnies de taxi-ambulance font le lien avec les centres médicaux angevins.

A savoir : le covoiturage est une pratique très utilisée en campagne, bien avant les applications stars. Que ce soit pour l’école ou le travail, on a appris à s’organiser. C’est souvent au détriment du train ou du car, mais qui tendent à revenir en force dans certaines régions. Si les chemins de balade sont nombreux en campagne, certaines collectivités commencent à réfléchir à l’aménagement de voies cyclables pour accompagner le développement du vélo (notamment électrique). 

L’alimentation

Quel bonheur de vivre à la campagne pour ça ! Si je ne jardine pas beaucoup, faute de temps (avec deux métiers, c’est compliqué), avoir un potager est un véritable plaisir. Mon père dispose d’un grand jardin dans lequel j’ai passé une partie de mon enfance. Ramasser les fruits et légumes de ses récoltes, faire des conserves, des confitures, un stock pour l’hiver, c’est très pratique. Et ici, il est très facile de trouver dans nos relations, des cerises, des prunes, des haricots, des courgettes, des noix ou des œufs toute l’année. On trouve aussi partout des maraîchers (bio ou pas) sur site ou sur les marchés, à des prix très corrects. Pour les plus écolos, il est possible de s’impliquer dans une AMAP où les agriculteurs mettent à disposition leur récolte constituée dans un panier hebdomadaire de légumes et fruits de saison à un prix équitable. Pour ma part, ma compagne travaillant sur Angers, fait les courses au Drive, pour tout ce qui est du quotidien, qu’elles récupèrent à son retour du travail. 

De l’autonomie en eau : disposer d’une maison avec un jardin nécessite de l’eau. Certains disposent d’un puits artésien ou en pierre, d’autres récupèrent les eaux de pluie de toiture dans des citernes ou des cuves enterrées. Cette eau est filtrée et utilisée pour le jardin mais aussi pour le WC, le lave-linge ou la douche. Dans certaines régions la qualité de l’eau du robinet peut laisser à désirer à cause d’industries peu regardantes sur leurs rejets ou de la surutilisation de pesticides ou nitrates. Ce problème touche toutefois autant les citadins !

A savoir : il est possible de devenir autonome en alimentation à la campagne. Mais cela demande du temps, celui qu’on dispose quand on sort peu et avec un travail compatible. En ville, même si les jardins partagés, en terrasse ou balcon se développent, c’est beaucoup plus compliqué ! Et lorsque qu’une crise majeure (pandémie ou guerre par exemple) survient, l’auto-suffisance à l’échelle d’une ville n’est absolument pas possible. 

Les commerces

Place Clémenceau - Brissac QuincéUn des critères les plus importants pour des candidats à un bien dans mon secteur : “je veux des commerces à proximité, pouvoir aller à pied chercher mon pain !” Et ce constat ne concerne plus uniquement les plus anciens, mais de plus en plus de jeunes couples. Concernant le pain, j’ai résolu le problème depuis plus de 10 ans : il est fait maison ! C’est une corvée (à laquelle ma compagne s’attèle avec plaisir) qui résout bien des problèmes. Et quand on manque de farine, comme cela a été le cas lors du 1er confinement, et bien on achète le pain en gros et on le congèle. Ce n’est pas hyper écolo, mais ça dépanne. Le congélateur est d’ailleurs l’allier des ruraux qui y stockent toutes les denrées (viandes, poissons, légumes, sorbets maison, …) utiles au quotidien. Cela permet de réduire les trajets au supermarché.

Se trouver loin des commerces est très bénéfique à la planète : on consomme moins inutilement et donc moins tentés par l’achat impulsif.

Pour ma part, je fais les boutiques de vêtements une à deux fois par an, le plus souvent pendant la période des soldes, pour renouveler l’indispensable de ma garde-robe, dont les chaussures. J’achète de temps à autre des sous-vêtements, vêtements de nuit ou de jardin sur internet ou en local. La mode est le dernier de mes soucis ! 

En ce qui concerne le bricolage, les matériaux, les outils et divers accessoires, je trouve presque tout dans un magasin situé à quelques kilomètres de la maison. Si je ne trouve pas dans l’urgence, je suis à 20 minutes d’une grande surface du bricolage (avec drive). Pour tout ce qui concerne l’électroménager, l’informatique, cela fait déjà très longtemps que je commande sur le net, mais j’ai tendance à revenir de plus en plus vers les magasins locaux pour 2 raisons : le service après-vente et préserver leur pérennité. A ce sujet, j’ai changé ces 3 dernières années tous mes équipements (TV, frigo, lave-linge, lave-vaisselle, cuisinière) non pas pour être à la mode, mais plutôt parce qu’ils étaient en fin de vie, et surtout pour réduire mes consommations d’énergie. J’ai évité les appareils premiers prix, trop souvent synonyme d’obsolescence programmée. L’objectif étant de garder le plus longtemps possible ces équipements. 

A savoir : le trafic de la Poste a considérablement diminué ces 10 dernières années. Toutefois, les facteurs continuent leurs tournées. Il leur faut donc compenser ce manque à gagner et leur impact écologique (tournées à vide). La distribution de colis en milieu rural est donc aussi le moyen de garder notre service public efficace et rentable. La Poste propose aussi d’autres services pour permettre notamment aux plus anciens et aux moins mobiles de rester chez eux.

Les services et artisans

A ce sujet, dans ma zone rurale, on a assez peu de difficultés à trouver des dépanneurs de tous types (motoculture, informatique, voiture, …), des coiffeurs (et même à domicile), de l’accompagnement pour le 3e âge, des femmes ou hommes de ménage, jardinage et tout bricolage. Il faut par contre souvent se montrer patient avec les artisans (de qualité) dont la disponibilité se compte souvent en mois !

A savoir :  si on manque souvent de services dans certaines zones rurales, c’est aussi un espoir pour les néo-ruraux de trouver des débouchés d’activités locales. Le mieux est de commencer multi-tâches au démarrage de son entreprise puis se spécialiser. Mais il est évident que plus la zone est dépeuplée moins le potentiel de clients est là. Faites une bonne étude de marché de votre secteur avant de vous lancer !

L’éducation

La France est un pays très civilisé qui offre l’école gratuite pour tous. Nous avons donc accès ici facilement à l’enseignement de l’école primaire au Lycée. Il est des secteurs où il est plus difficile d’aller à l’école sans prendre sa voiture ou un bus scolaire. Il est donc important de bien intégrer ce paramètre dans le choix de son habitation.

Pour ce qui est des études supérieures, quel que soit l’endroit où on se trouve (à part quelques grandes agglomérations et filières très classiques), l’étudiant aura souvent la nécessité de déménager dans d’autres villes pour trouver la spécialité qui l’intéresse.

A savoir : si vous faites le choix d’une vie modeste à la campagne, il y a quelques facilités (bourses, logements étudiants) pour accompagner vos enfants dans les études supérieures, quel que soit l’endroit où ils veulent aller. Pour notre part, nous avons fait le choix d’avoir seulement 2 enfants avec un écart important, pour permettre de les aider plus longtemps dans leurs études. Cependant, de plus en plus de français décident de ne pas avoir d’enfant, estimant qu’ils seront une charge supplémentaire pour la planète. Pour ma génération, il était important de constituer une famille pour éviter le vieillissement de la population et donc le surcoût des retraites !

La santé

C’est un des gros points faibles de beaucoup de secteurs ruraux. Les médecins refusent souvent de nouveaux patients. Beaucoup d’entre eux sont en fin de carrière et ne voient pas beaucoup d’espoir de remplacement. Les infirmières sont un peu dans le même cas. Et pour les ophtalmologistes, les dentistes ou autres spécialistes cela se complique encore plus. Quand ils sont installés dans les villes moyennes, il faut parfois plusieurs mois pour obtenir un rendez-vous. Ces professionnels ont beaucoup de mérite car ils ne comptent pas leurs heures. Ce sont des vocations, de véritables passionnés auxquels je tire mon chapeau. Certains jeunes spécialistes de la santé font de plus en plus le choix de s’installer à la campagne pour gagner en qualité de vie. Car quoi de plus agréable que rentrer le soir chez soi et siroter un bon mojito devant la piscine au milieu de la campagne ! 

A savoir : que ce soit au niveau local ou national, les politiques réfléchissent à des stratégies d’accompagnement des professionnels de santé pour leur installation en milieu rural. Certaines collectivités se sont engagées dans ce sens en créant des maisons de santé ou en apportant une aide technique et financière aux jeunes candidats. 

Internet

Beaucoup s’inquiètent de la qualité des réseaux internet à la campagne. C’est désormais du passé pour beaucoup de régions qui se sont engagées dans le plan fibre national. C’est le cas ici en Anjou et dans ma commune où la fibre est installée depuis quelques mois. Ce n’est donc plus un frein dans beaucoup de zones rurales, bien au contraire. Attention toutefois à la qualité des installations qui laisse parfois à désirer.

A savoir : selon les négociations faites entre les collectivités et les opérateurs, certains départements n’ont toujours pas d’accord avec les opérateurs historiques d’internet. C’est un peu problématique quand on a des engagements ou des abonnements spécifiques. C’est juste une question de temps. Cela laisse la place à des opérateurs alternatifs mais aux services souvent plus limités. 

La Culture 

Château de Brissac - plus haut château de France par la tailleEh bien oui, on a moins de musées, de théâtres, de salles de concerts ou d’exposition, à la campagne. Et alors ? Il est vrai que dans les dîners mondains en ville, cela fait toujours son effet de pouvoir étaler sa culture auprès de ses amis. Est-ce que cela fait pour autant des soirées si intéressantes ? Pour ma part, ça me gave. Je préfère discuter économie, politique et surtout écologie, en bonne compagnie.

Et puis, on a tout de même des bibliothèques, des salles de spectacles, des chateaux, de belles fêtes traditionnelles, et ce que nous offre de plus beau la nature : ses rivières, ses montagnes, ses forêts et sa biodiversité !

Sinon, depuis 20 ans, Internet nous ouvre, où que l’on soit, toutes les portes de la culture !

A savoir : il n’y aura pas meilleur lien social que de participer à des fêtes locales. Les rencontres y sont souvent moins iconoclastes que les événements urbains où la tradition s’est noyée dans les fastes immergés de la diversité culturelle. On essaie d’y préserver les métiers et les techniques qui ont fait leur preuve, dans un climat d’entraide, sans arrière-pensée lucrative (quoique !).

L’environnement

Vue de la LoireOn oppose souvent la ville et la campagne au sujet de l’environnement, certains prétextant que la campagne est tout autant polluée que la ville. Ce dont on est sûr, c’est que la pollution est partout, mais en moins grande quantité selon où on se trouve ; près d’une forêt qui fait office de stockage de beaucoup de polluants dont le CO2 ; en altitude, où la densité de polluants y est moins importante.

Par contre, se trouver à proximité de zones à agriculture intensive ou de régions viticoles n’est pas vraiment la meilleure solution pour obtenir des conditions sanitaires idéales. Des progrès (contraints légalement) se profilent toutefois car ces exploitants agricoles vont devoir diminuer fortement les quantités de pesticides, nitrates et autres intrants dans les années à venir. Il faudra encore quelque temps avant de retrouver un air sain, mais certainement beaucoup moins que pour rendre l’air des agglomérations respirable. 

A savoir : ce qui est effrayant dans l’analyse de l’air des villes ce n’est pas seulement sa qualité, mais surtout la quantité de polluants présents, avec : 

  • des polluants primaires (oxydes de carbone, oxydes de soufre, oxydes d’azote, hydrocarbures légers, composés organiques volatils (COV), particules (PM10 et PM2.5) et métaux lourds (plomb, mercure, cadmium…).
  • des particules secondaires comme l’ozone, le dioxyde d’azote ou les polluants photochimiques (les PAN ou nitrates de peroxyacétyle, aldéhydes, cétones…)

Et il va être beaucoup plus compliqué pour les villes de faire disparaître ces polluants dont les origines sont multiples et tant leur concentration est forte, à l’extérieur comme à l’intérieur des logements.

En conclusion

Le choix de son lieu de vie ne doit pas s’arrêter à un seul critère, celui de l’environnement par exemple. Il doit être fonction de votre capacité à vous adapter à celui-ci. Si vous ne pouvez pas vous passer de cinéma ou de lèche vitrine, la campagne n’est certainement pas faite pour vous. Mais on peut tout à fait se mater un film récent sur grand écran tout en faisant ses courses sur internet au fin fond d’un hameau de la Corrèze ! 

La tranquillité ou les commodités

Faire le choix de la campagne, c’est souvent, mais pas toujours, bénéficier de la tranquillité de son environnement, d’un logement plus spacieux avec un jardin pour une terrasse et un potager, d’un parking privé, d’un garage pour stocker et bricoler. Un médicament naturel contre le stress !

Faire le choix de la ville, c’est profiter d’une variété de commerces de proximité, de nombreux loisirs à tout moment, donc au final, se laisser tenter par un consumérisme pas très bénéfique à nos émissions de GES ! 

Deux points sont à bien anticiper avant de vous lancer : le travail et la santé. 

Pour le travail, il n’en manque pas tant que ça en zone rurale, il faudra juste être plus courageux, inventif et certainement manuel. Pour la santé, les centenaires sont de plus en plus nombreux dans les villages et certains vivent encore très bien chez eux. Les maisons de retraites y sont moins chères et de tout aussi bonne qualité qu’en ville. En cas de santé fragile, il vaudra mieux privilégier la proximité de villes moyennes (+ 50 000 habitants) où les structures et les spécialités y sont plus nombreuses.

J’insiste sur le fait que ceci est un ressenti personnel, suite à une (longue) expérience de la vie en milieu rural et dans un contexte bien particulier expliqué en introduction. N’hésitez pas à faire part de votre avis et de votre expérience en commentaire…

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Pascal Faucompré
Editeur et Rédacteur en chef de Build Green, le média participatif sur l'habitat écologique et pertinent. Passionné par le sujet de l’éco-construction depuis 2010. Également animateur de nombreux réseaux sociaux depuis 2011 et d'une revue de web sur : Scoop.it

10 réflexions sur “Vivre à la campagne : peut-on se passer de la ville ?

  1. J’adhère à de nombreux points mis en avant, je suis aussi un long et patricien unique de al vie en très petite ville ou à la campagne (profonde actuellement !).
    Cependant il ne faut pas oublier que l’habitat est le première source de consommation de ressources, et la seconde en ce qui concerne les émissions de GES… et que, si on attribue la part des déplacements liés à la situation de l’habitat par rapport aux lieux de déplacement contraints (école, commerce, santé, loisirs…), non pas à la circulation automobile mais à l’habitat car alors la voiture devient une contrainte liés à ce dernier, alors l’habitat devient aussi le 1er secteur des émissions de GES.
    Donc la campagne oui, mais avec une voiture sobre, donc légère, par 4 x 4 (j’évite les clichés)…

    A noter que s’il est une situation où l’électrique (non hybride) est totalement justifié en préférence par rapport au thermique, c’est bien à la campagne : quelques panneaux pphotovoltaïques, quelques batteries de stockage intermédiaire, on branche son véhicule le soir en rentrant, le lendemain matin, le voilà disponible pour 150 à 300 km (autonomie très courante désormais et amplement suffisante, je pense même que c’est probablement l’utilisation la plus intelligente qui soit de l’automobile électrique).

    En ce qui concerne l’auoproduction alimentaire, je pratique, je confirme le bonheur de faire des confitures, des conserves (cette année : 120 bocaux de confiture, 40 de haricots verts, 30 de ratatouille, 30 de fruits au sirop mélangé, 25 de prunes diverses, 25 de compote…) les tomates fraiches, les carottes, les panais, les betteraves, les artichauts…
    Les poules, j’ai aussi, cependant l’autonomie totale, non, j’en suis très loin, les choses se dégradant rapidement : des ravageurs qui ravagent de plus en plus, la canicule qui fait énormément souffrir les plantes, le manque d’eau récurent…

  2. Merci pour cet article riche et éclairant ! Les avantages et inconvénients y sont présentés de façon très claire. En tant que citadin de toujours, je me lance dans la vie à la campagne (non sans appréhension mais avec beaucoup d’enthousiasme aussi) avec ma petite famille au sud de Rennes et il y a en effet beaucoup de facteurs à prendre en compte pour choisir l’endroit qui nous correspond le mieux.
    Composer avec la nature pour gérer notre potager, tisser des liens avec des professionnels locaux en tout genres, s’inscrire dans une nouvelle culture locale et ses traditions, tendre vers plus d’autonomie en énergie… bref, j’ai conscience de l’importance croissante d’être résilient et votre témoignage est très encourageant ! Merci !

  3. Hello Pascal et Claude

    Né en 1964 dans une petite ville du Nord, où petit ne veut pas dire désert comme en Haute-Saône, ma nouvelle région, ou la Creuse où j’ai passé de magnifiques vacances, j’ai déménagé 35 fois depuis, tantôt en ville comme Valenciennes, Strasbourg ou Montbéliard, et tantôt à la campagne profonde, mon désir premier.

    Ce choix de la ville a été conditionné par mes enfants. Quand, déjà en maternelle, il faut faire une quinzaine de km et que votre enfant doit être demi-pensionnaire, c’est un point qui interpelle les parents. Quand, de plus, le médecin, la pharmacie se trouve également dans ce bourg, que vos enfants veulent faire des activités, soutenues bien sûr par leurs parents, eh bien, la ville est une solution pratique tout en gardant en tête la pollution et le rythme spécifique de ces agglomérations. Et même les enfants finissent par réclamer la campagne.

    Nous avons ensuite choisi nos logements en fonction des services à proximité. Et c’est ainsi que, mes enfants étant devenu des ado, nous avons habité à 30mn en moyenne d’une agglomération. Aimant découvrir, avec les enfants, presque tous les jours, nous voyagions pour découvrir nos paysages. Et chaque jour, mes collègues étaient envieux de nos activités en toute liberté en pleine nature.

    L’esprit aventureux, et un dos abîmé très dos nous ont incités à choisir un 4×4 pour nous déplacer. Avant de hurler, lisez la suite. D’abord un Lada Nova, excellent véritable baroudeur et confortable malgré sa réputation, puis des jeeps. Mon dos était soulagé et tous nos bagages rentraient. Et surtout, je polluais moins que les véhicules autour de nous : GPL. La Vie m’a même soutenu quand j’ai acheté le niva d’occasion et le GPL en panne. Christophe Winstein, inventeur du gplc, était parent d’un enfant dans la même classe que le mien ! Il a entendu que mon Lada était bancale et il m’a enseigné la technologie tout en améliorant le système d’origine. Mes jeeps étaient au GPL également. En hors route, nous ne prenions que des chemins terrassés et cela nous a fait découvrir de magnifiques endroits. 4×4 n’est pas forcément gros con pollueur.

    J’habite maintenant une petite ville de Haute-Saône, Scey sur Saône, à 20mn de Vesoul mais 50mn de Besançon où est mon bureau, et nous aspirons à nous installer prés de Rioz, une autre petite ville de moins de 1500 habitants où tous les services sont présents tout en étant à mi chemin entre Vesoul et Besançon.

    In fine, la Campagne est, pour ceux qui l’aime, un havre de paix, et la ville un choix pratique temporaire.

    Pour ceux qui préfèrent la ville, et la campagne est un dépaysement et comme tel, ils doivent accepter les bruits, odeurs et habitudes de ces lieux plus anciens et naturels que leur lieu de prédilection.

    Bonne fin de semaine à vous !

    • Merci Bruno pour ce témoignage.
      Je précise bien dans l’article que mon avis est déterminé par un contexte particulier. Dans mon secteur, il y a des écoles maternelles et primaires partout, le collège et le lycée sont accessibles par transports scolaires dans des délais raisonnables. Mais je suis conscient que ce n’est pas le cas partout. Il faut donc bien préparer son projet avant de lancer dans ce type d’aventure.
      Pour ce qui est du 4×4, ce qui compte ce sont les émissions de polluants (et pas seulement de CO2) qui me semblent le plus important. On sait notamment que les émissions de nox sont plus élevées sur des véhicules lourds, idem pour les particules fines des pneumatiques et les plaquettes de freins. Et pour les problèmes de dos, rien ne vaut les suspensions hydropneumatiques des bonnes vielles Citroën 😉

      • Eh oui Pascal, c’est dans cet esprit que j’ai détaillé un peu mon vécu. Pour ce qui est des véhicules, je suis malade avec les suspensions hydropneumatiques. De plus, il me faut une position assis comme dans une camionnette et aucune voiture n’offre cette assise. Le Renault Captur et le Citroën C3 aircross s’en approchent mais ils n’existaient pas à ce temps là. De plus, Les Jeep Cherokee et Grand Cherokee offraient à la fois un grand confort pour mon dos, pour la Famille et les bagages. D’ailleurs beaucoup de Jeepers le sont pour leur dos. Et le GPL, réglé à la main émettait beaucoup moins de COx et NOx que la « normal » car les soupapes et l’avance à l’allumage étaient câlées spécifiquement pour le GPL (je ne roulais pas du tout à l’essence). De plus, j’ai une conduite certes réactive mais économe car je fais en générale 1L / 100km de moins que ce qui est généralement constaté. Enfin, ces 4×4, qui m’incitaient à faire attention aux autres pour ne pas les abimer même quand c’est eux qui roulent n’importe comment, me servaient à sortir mon bois … et celui des voisins car leur tracteurs ne passaient pas.

        Ce discours n’a pas vocation à défendre les SUV à 2 ou 4 roues motrices, mais juste, à montrer que, parfois, on peut pas faire autrement.

  4. Salut,
    Moi j’ai aussi bien vécu en campagne profonde qu’en grande, moyenne ville et villages. Les modes de vies sont assez différents en effet, mais il faut bien aussi se rendre compte que vivre en ville ne permettra pas forcément d’aller au cinéma ou au théâtre si on reste sur une vie à cent à l’heure. De même, la vie à la campagne ne permettra non plus de cultiver son coin de potager aussi simplement que ça. Il faut bien comprendre que vivre à la campagne ne signifie pas vivre en harmonie avec la nature… Avoir une approche écologique peut être motivé par un simple calcul de gestion des ressources ou par un sentiment d’en faire partie et de prendre simplement soin de soi et de son entourage comme on peut le voire avec la notion de famille.
    D’après moi opposer la vie rural ou urbaine est simpliste car il y a de nombreux modes de vies dans les deux. Que ce soit en ville ou à la campagne, la vie sociale, économique et culturel dépendra avant tout de la proactivité de chacun. Peut on vraiment comparer une vie urbaine dans le nord, en Bretagne, en Méditerranée, en centre ville et en banlieue ? Peut on comparer la vie rurale en plaine, montagne, littoral proche ou loin des axes et commerces ?
    Il n’est pas nécessaire de vivre toujours au même endroit, mais il est indispensable de s’adapter à chaque lieu ou on vie en le redécouvrant tout les jours pour y vivre au mieux.
    J’aime les gens du nord, j’aime la lumière du sud, j’aime l’air de l’océan, j’aime l’odeur de la montagne, j’aime la voile, j’aime les friches industrielles transformées en ateliers d’artistes, j’aime le théâtre dans les vignes, j’aime le débardage à cheval, j’aime aller chercher mon pain à pieds, j’aime les visites surprises, j’aime travailler dehors, j’aime les concerts, et encore tant de choses qui ne seront jamais au même endroit.
    Déménager ou voyager ne peut être calculé pour vivre un imaginaire fantasmé sans être frustré car on ne sait jamais à l’avance ce qu’on va apprendre de notre vie. Il faut s’ouvrir à notre environnement, quel qu’il soit. (bon, des fois fuir peut être une bonne option, comme pour tout motifs de migration…)
    Pour ceux qui savent ce qu’ils ont et ne voudront jamais changer, la question en se pose même pas 😉

    • Bonjour Raphaël,
      L’article n’a aucunement pour objectif d’opposer ville et ruralité.
      L’intention était juste d’expliquer, d’après mes diverses expériences, qu’il est possible de vivre à la campagne selon le confort qu’on y souhaite.
      J’exprime bien dès le début le contexte pour éviter de généraliser !
      Par contre, il est évident pour mon cas, que vivre dans une démarche écologique est bien plus évident à la campagne

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