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Le Recyclage de la laine de verre est-il si écologiquement pertinent ?

La laine de verre, ça pique, ça gratte ! La laine de verre, ça irrite ! La laine de verre, avant 1998 était suspectée d’être cancérigène !

Alors, la laine de verre, l’ancienne en tout cas, pique et gratte toujours autant. Celle d’avant 1998 est encore et toujours possiblement cancérigène mais … on va la recycler ! 

C’est en tout cas ce que nous propose Saint Gobain, notre leader national, à travers cette vidéo.

Une vidéo qui nous laisse espérer ce qui semble pourtant si improbable …

Dans quel contexte cette information de recyclage possible de la laine de verre ?

Le contexte environnemental général aurait-il quelque chose à voir avec cette info ?

Tout devient trouble, tout change ; “c’était mieux avant” !

Les étés se succèdent, de plus en plus sujets à des périodes de canicule.

Les sécheresses deviennent la norme, les tempêtes, les chutes de grêle et autres évènements climatiques exceptionnels ne sont pas en reste…

Il ne pleut plus en automne et l’hiver, ou en tout cas pas assez, alors on en arrive à limiter les usages de l’eau dès le mois d’avril, y compris dans des régions où l’angoisse était plus, hier, de faire face aux excès d’eau.

La région de Lille est touchée, avec une restriction d’usage (pdf) appliquée dès le 9 avril et, sauf nouvel ordre, jusqu’à fin juin 2019.

Le 19 avril 2019, la préfète de la Creuse, Madame Magali DEBOTTE, signe elle aussi un arrêté préfectoral (pdf) allant dans le même sens de restriction d’usage de l’eau. Et pourtant, pour mémoire, le plateau de Millevaches (étymologiquement une des interprétations de Millevaches pourrait signifier Mille sources) déborde sur le département de la Creuse, parfois considéré comme un des châteaux d’eau de la France…

Hormis ceux qui se sont fait une quasi-religion du négationnisme, plus personne ne nie que nous vivons un dérèglement climatique.

Nous alignons de plus en plus de records d’ouragans, de pics de chaleur, de sécheresses, de pluies diluviennes; les glaciers fondent inexorablement, les agriculteurs peinent de plus en plus sur leurs exploitations…

Il y a aussi de plus en plus consensus pour admettre que ce dérèglement climatique est lié à nos actions humaines, le nouveau temps de l’anthropocène.

Certains situent la responsabilité au niveau de l’usage, des actions individuelles, d’autres au niveau des décisions politiques. Un courant de pensée voudrait que les responsables politiques imposent à l’économie de devenir plus vertueuse, de ne plus mettre en avant le profit avant l’environnement … vastes programmes !

Préalable sur la fabrication de la laine de verre

Les industriels se doivent de faire des efforts pour, au moins, limiter les effets négatifs que pourraient (que pouvaient…) engendrer leurs productions.

Ils y sont contraints par le paradigme économique général (celui des utilisateurs, qui veulent du “respectable”) qui, faute d’être pris en compte, leur ferait perdre des parts de marché.

Or : les investisseurs (qui donc financent ces professionnels) veulent des résultats, (chacun sait que les dividendes ne doivent pas descendre en dessous de certains niveaux) faute de quoi l’industriel défaillant ne trouvera plus d’investisseur… et donc ne pourra plus se développer, évoluer et, un jour, risquera de disparaître.

Un fabricant dispose de quelques leviers pour parvenir à résoudre cette équation financière et atteindre les résultats escomptés. Nous les listons ci-après.

Limiter les coûts de production

Bien que n’ayant pas visité d’unité de production de laine de verre, mais d’après quelques vidéos du fabricant lui-même, on peut supposer que ceux-ci nécessitent probablement peu de main-d’œuvre, voire même très peu. Donc ce levier n’en est pas vraiment un.

Matière première

Extrait du site “toutsurl’isolation.com” appartenant à Isover (nous pouvons leur faire confiance sur la composition, quoique…)  : “La laine de verre est créée à partir de sable et de verre recyclé ou calcin. Ces matières premières sont pesées et mélangées, formant ainsi la composition verrière. Vient ensuite la fusion en four puis le fibrage qui permet d’enchevêtrer les fibres et de créer le matelas de laine de verre.

Nous souhaitons préciser que quelques adjuvants sont ajoutés à la recette de base, parmi lesquels du bore. Il faudra aussi un liant, le plus souvent du polyester, parfois un liant d’origine végétale (nous ne disposons, à son sujet, d’aucune information plus précise que : “d’origine des industries sucrières et céréalières”…). Le remplacement du polyester par un autre d’origine végétale ayant permis de revendiquer un aspect « vert » pour cet isolant. Nous avons dénoncé cet excès ici.

Le sable, principal composant, est soumis aux lois de l’offre et de la demande. Cependant, après enquête auprès de quelques fournisseurs, il s’avère qu’en l’achetant par petite quantité (1 big bag de 1 m3), son prix en mai 2019 est d’environ 60 € TTC le m3. A n’en pas douter, il ne doit pas coûter plus de 30 € HT la tonne en grosse quantité, ce qui en fait un ingrédient particulièrement bon marché.

Rappelons, par ailleurs, que si tous les sables ne sont pas aptes à entrer dans la composition des bétons (du fait de la forme de leurs grains), il n’en va pas de même pour produire de la laine de verre puisqu’alors il sera fondu…

Coût d’approvisionnement des matières premières

Transporter du sable d’un lieu d’extraction à un lieu de transformation se fait probablement par camion semi-remorque, donc environ 25 tonnes par “tour”.

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Les industriels étant des gens très avisés, ils ont probablement implanté leurs unités de production proche des lieux d’extraction, donc là aussi, il est probable que ce poste soit très peu impactant sur le prix du produit fini.

Processus de fabrication de la laine de verre

Le principe de base est de chauffer les ingrédients (le sable et ses adjuvants) afin de les faire fondre (le sable utilisé est de la silice) et pulser cette matière au travers de grilles en rotation rapide (la couronne).

Sous l’effet de la pression, en fonction des diamètres des trous de la couronne et de sa vitesse de rotation, des fibres se forment.

Il faut ensuite les assembler entre elles via un liant, de sorte à en faire un ensemble de fibres organisées et liées qui devient un matelas isolant.

Le poste chauffage de l’ensemble, aux environs de 1000 à 1100°, représente un coût important du process global de fabrication.

Que veut dire recycler de la laine de verre ?

Recycler peut s’entendre de plusieurs manières.

Ré-emploi dans la même fonction

Le nec plus ultra du recyclage.

Par exemple, déposer des tuiles d’une toiture, les descendre et les stocker avec précaution afin de les poser à nouveau en tant que couverture est le type de recyclage le plus vertueux qui se puisse imaginer : aucune transformation, aucun impact sur le climat, peu d’émission de Gaz à effet de Serre (GES) ; juste un peu de main-d’œuvre.

Redonner une nouvelle vie, sans ou avec peu de transformations

On peut citer, dans cet ordre d’idée, le compostage d’une matière végétale. Cette opération, ne fait appel à aucune opération consommatrice d’énergie ou de main-d’œuvre.

Ré-utiliser une pièce de bois après démontage entre aussi, par exemple, dans cette catégorie, même s’il est besoin d’un léger recalibrage éventuel ou refaçonnage.

Redonner une nouvelle vie après forte transformation

Il s’agit alors de contrer un effet négatif qui devient important au niveau des impacts vis-à-vis de la planète (lié par exemple à la collecte, au transport ou à la transformation proprement dite).

L’impact peut être compensé grâce à une seconde vie noble, durable et efficace. On entend par efficace la consommation d’une ressource qui n’existe pas dans de meilleures conditions (puisque nous traitons ici d’un isolant, prenons l’exemple de deux autres isolants : la laine de coton qui fait appel au recyclage de vêtements usagés ou celle de ouate de cellulose qui fait appel à des journaux collectés).

Transformer un déchet ultime afin de limiter son impact final

Nous progressons dans les solutions qui, faute d’être vertueuses, vont permettre d’atténuer l’impact négatif de ce qui aurait été un déchet ultime.

Ainsi, rejeter des sacs en plastique dans les mers est très néfaste pour l’environnement. Les collecter et les recycler sous forme de carburant n’est pas très vertueux non plus mais, au pire, si un combustible fossile avait été utilisé en lieu et place de celui issu de ce recyclage, ceci aura permis de valoriser une nouvelle fois ce “déchet” et l’utiliser à notre profit.

Ce n’est pas parfait mais permet de limiter “le pire”.

Maquiller la destruction ou l’enfouissement d’un déchet ultime en opération de recyclage

Nous sommes au bout du bout : il ne s’agit plus, ici, de valoriser un produit, pas plus que de tirer un parti positif d’un déchet, mais de rendre l’impact moins négatif ou en tout cas moins visible.

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Comme diraient nos amis canadiens : “Ce sera moins pire ” !

Si tel est le cas, alors pourquoi pas !

Cependant, est-il sage, dès le départ, de concevoir ou d’utiliser un produit complexe à gérer à long terme ? Souvent il s’agit là de cosmétique.

En effet, démontrer qu’un produit est recyclable alors que, manifestement, cette opération sera difficile, onéreuse ou polluante (voir les 3 à la fois) est parfois juste un leurre.

Cet “arrangement” avec la réalité peut, par exemple, prendre la forme du recyclage démontré d’une très faible quantité de ce qui devrait l’être alors que l’immense majorité sera détruite ou vouée à l’enfouissement.

Peut-on aller jusqu’à un maquillage de faisabilité afin de justifier la poursuite d’une production ?

Par exemple, doit-on laisser les déchets nucléaires dans l’état ou doit-on les vitrifier ?

Si on les vitrifie, doit-on les stocker en surface de sorte à les garder sous contrôle afin de les surveiller ou les enfouir (pdf) et, ainsi, ne les voyant plus, penser que le solutionnement sera durable ?

Ayant fait passer une idée, pas idiote, mais pas non plus totalement sûre ou pertinente, est-il admissible de justifier la poursuite de la production d’un matériau en arguant de la possibilité de recyclage alors même qu’il est certain que ce ne sera pas appliqué ?

Autre approche du recyclage : faire avec des matériaux recyclés

On peut faire de la laine de verre avec de la silice puisée en carrière ou dans des rivières. Ce serait dommage car, en tout cas pour ce qui est du sable extrait chez nous, nous en avons grand besoin pour l’industrie du béton.
On peut aussi faire de la laine de verre en faisant fondre des déchets de verre : les bouteilles en verre non consignées, les vitrages cassés, les pare-brises et les vitres des véhicules.

Cette deuxième solution est une forme du recyclage et nous la saluons, elle est très pertinente… sauf peut-être si un emploi plus noble de ces déchets est possible.

Faute de connaître un meilleur ré-emploi, n’étant pas des spécialistes du recyclage, nous saluons cet emploi des verres usagés dans la fabrication de laine de verre.

La laine de verre est-elle recyclable ?

Il semble que seuls les fabricants de laine de verre ne soient pas au courant qu’elle se tasse, que ses fibres cassent, qu’elle se déstructure, bref, que si sa durée de vie dépasse plusieurs dizaines d’années, il n’en va pas de même de ses performances : elles chutent sous l’effet de divers phénomènes.

Parfois aussi, ayant été mal mise en œuvre, il faut la déposer et la changer.

Il faut aussi faire évoluer la performance globale des bâtiments, les occupants les transforment, les aménagent différemment… Bref, des laines de verre sont et seront déposées (vidéo).

Peut-on les récolter et les recycler ?

Oui, on peut recycler de la laine de verre

En effet, il suffit de déposer cet isolant correctement, de ne pas le mélanger avec d’autres éléments, de le conditionner afin de le transporter jusqu’aux unités de transformation.

Tout ceci est possible, tout ceci est faisable. On connaît les process, donc effectivement, techniquement ceci peut être une option !

Ecologiquement, est-ce pertinent ?

Recycle-t-on, recyclera-t-on la laine de verre ?

Oui, on en recycle, mais en quelle quantité ? Est-ce pour la bonne cause ?

Aspect environnemental

C’est le premier impact que nous devrions prendre en compte car celui-ci influence directement l’amplification ou non du dérèglement climatique du fait des émissions de GES.

Plus de temps à la dépose et au conditionnement

Lorsque de la laine de verre est déposée aux fins de destruction, elle est moins triée, moins “sérieusement” emballée (transport sur plus courte distance, jusqu’au lieu de collecte des gravats) et sa dépose est plus rapide.

Si cet aspect a surtout un  impact économique, il n’en reste pas moins vrai que tout ce qui se fait plus rapidement mobilise moins de ressources, ne serait-ce que pour le métabolisme des œuvrants et leur déplacement sur le chantier.

Plus de carburant consommé

Le transport de la laine de verre de l’usine de fabrication au chantier mobilise peu de moyens car elle est alors extrêmement “comprimée”. En effet, les rouleaux sont tellement serrés que le volume transporté peut être jusqu’à 8 fois inférieur au volume d’isolant mis en œuvre après décomptage.

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La collecte de cette laine minérale aux fins de recyclage, son tri, son transport final du lieu de collecte au lieu de traitement ne seront jamais aussi avantageux.

Ces diverses opérations contribueront à la consommation d’énergie fossile (entre autres le carburant pour le transport) et aux émissions de GES, donc au dérèglement climatique.

Main-d’œuvre

Toutes les opérations de dépose, conditionnement et transport, plus difficiles pour du recyclage que de l’enfouissement, mobiliseront forcément plus de main-d’œuvre. Ceci prêche dans le sens de l’emploi et nous le considérons positif.

Aspect économique

Une des raisons (probablement la principale) du succès des laines de verre et de leur position incontestable de leader du marché… en terme de volume est son faible prix.

Plus de temps pour la dépose et le conditionnement, plus de main d’œuvre à tous les niveaux

S’il faut plus d’heures de travail pour la déposer, la conditionner et la transporter aux fins de réutilisation que pour la détruire par enfouissement, inévitablement cet aspect en augmentera le coût de production.

Plus de carburant consommé

Plus de logistique à gérer.

Encore un point qui augmentera le coût de cette matière première par rapport à la provenance de sable d’une carrière ou à celle de verres recyclés.

Il est tellement simple de faire reculer un camion-benne chargé de sable ou de verre concassé et de le vider dans une trémie, il est tellement plus compliqué de jeter dans un four un matériau qui reprendra du volume après décompactage que, forcément, ce process viendra lui aussi augmenter le coût de production.

Incidences du prix de la matière première

Le prix du sable est tellement peu élevé, cette matière première est encore tellement disponible sous sa forme “sable du désert”, tellement facile et peu onéreuse à transporter par voie maritime que, forcément, vouloir lui substituer un produit issu du recyclage ne peut qu’engendrer un surcoût, un très gros surcoût (on annonce jusqu’à 110 € la tonne de laine de verre collectée, avant conditionnement et transport, à comparer aux 30 € la tonne de sable…).

Ce produit, la laine de verre usagée et recyclée, apportera-t-il une valeur ajoutée au nouveau produit , un avantage quelconque propre à compenser ce surcoût ?

Très sincèrement et même si nous ne sommes pas des spécialistes de la production de ce produit, nous n’en voyons aucun !

Conclusion

Alors, au final, il nous semble que la bonne question à se poser est la suivante :

“Sauf à accepter de vendre plus cher, donc de perdre des parts de marché, quel intérêt Isover (ou un autre fabricant de laine de verre) a-t-il à développer le recyclage de la laine de verre ?

Objectivement, comme dit ci-avant, nous n’en voyons aucun, ou plutôt si, nous en voyons un, nous le voyons même bien !

Il nous semble évident que, dans ces périodes où tout doit être repeint en vert, la laine de verre ne fait pas exception et, force est de le constater à nouveau, il nous semble que Saint Gobain, via sa filiale Isover, a de nouveau mis les doigts dans le pot, non pas de confiture, mais bien de peinture verte : nous sommes face à une opération de Greenwashing !

Pour nous, sentant le vent tourner et les particuliers se soucier de plus en plus d’environnement, de leur environnement, notre champion national cherche des moyens d’afficher une forme de virginité à son produit phare.

Nous le regrettons mais devons le redire : la laine de verre est un produit isolant au même titre que beaucoup d’autres, pas meilleur, parfois même moins bon, correct cependant, mais… pour qui a le souci de l’écologie, et à terme du recyclage, opter pour ce produit n’est pas un pari gagnant, bien loin de là !

Nous souhaitons nous tromper mais redoutons, que hélas, non !

Alors, si nous ne nous trompons pas, y aurait-il une solution alternative ? Oui, chaque fois que possible, utiliser un isolant biosourcé !

Source des illustrations : Claude Lefrançois, Pixabay, St Gobain

Claude Lefrançois
Dans le bâtiment, par passion, depuis presque 40 ans, Ancien charpentier, ancien artisan, ancien constructeur de Maisons à Ossature Bois, ancien maitre d'œuvre, Ancien et encore formateur à l'isolation bio-sourcée, • Titulaire d'un brevet de construction de MOB en kit, Conférencier dans plusieurs domaines liés à l'éco-construction, l'éco-isolation, Youtubeur via des vidéos sur, dans un premier temps, l'isolation et l'efficacité énergétique et, parce qu'il faut aller plus loin, futurement, plus largement, le bâtiment responsable et pertinent, Initiateur et administrateur d'un groupe sur Facebook : Rénovation pertinente » . Pour ceux qui souhaiteraient plus d'informations : www.papyclaude.fr

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